Le Gabon à l’aune de ses comptes : les audits financiers qui secouent Libreville

Une période d’intense anticipation gagne Libreville alors que l’échéance des conclusions de deux audits cruciaux sur les finances publiques approche à grands pas en cette mi-juillet. D’une part, le Comité d’audit et de consolidation des passifs exigibles de l’État, mis en place le 17 juin dernier sous l’impulsion du ministre de l’Économie, Thierry Minko, s’apprête à divulguer, dès la semaine prochaine, ses découvertes concernant une dette publique que les autorités estiment elle-même à près de 8 700 milliards de FCFA, oscillant entre 70 et 74 % du Produit Intérieur Brut (PIB).

D’autre part, la Task force sur la dette publique, fruit de six années d’investigation, a méticuleusement documenté un vaste réseau de surfacturations et de projets fictifs. Ce système est en grande partie responsable de l’explosion de la dette intérieure, celle-ci ayant été multipliée par sept entre 2020 et 2023.

Cette synchronisation des calendriers d’audit n’est pas le fruit du hasard. En effet, l’eurobond gabonais 2031 a enregistré sa chute la plus significative en un an à la mi-avril, suite aux projections du Fonds Monétaire International (FMI) qui évaluaient la dette publique à 85,5 % du PIB, bien au-delà du seuil de 70 % fixé par la norme de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Parallèlement, le spread souverain du Gabon a montré une amélioration notable, passant de plus de 1 100 points de base en janvier 2026 à 689,60 points de base à la mi-avril. Cette détente des marchés financiers suggère une confiance accrue dans l’orientation de transparence initiée par le gouvernement gabonais, au-delà de la simple validation de chiffres déjà connus.

Il y a trois ans déjà, un rapport d’étape de la Task force avait mis en lumière des surcoûts significatifs : 12 milliards de FCFA pour les voiries de Libreville, 2,8 milliards de FCFA de surfacturations sur la route Ndjolé-Médouneu, et un dépassement budgétaire de 47 % pour le stade d’Oyem. Ces montants, rigoureusement documentés, constituent une part substantielle du stock de dette que l’audit actuel doit désormais évaluer précisément et consolider.

L’attention des investisseurs ne se porte donc pas uniquement sur le chiffre final de la dette, mais surtout sur les mesures concrètes qui en découleront. On peut anticiper une série de poursuites judiciaires ciblant des responsables de l’ancienne administration sous Ali Bongo. Les autorités de Libreville présentent ces audits comme une étape indispensable à l’assainissement des finances publiques, et leur issue déterminera l’accès du pays aux financements concessionnels, essentiels pour la mise en œuvre de son programme d’investissement.