Sifi Grine à Bamako : la junte malienne contrainte de renouer avec Alger

Le Premier ministre algérien Sifi Grine a effectué une visite officielle lundi à Bamako, où il s’est affiché aux côtés du général Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir au Mali. Cette rencontre, présentée comme une étape clé du rapprochement entre les deux pays voisins du Sahel, intervient dans un contexte diplomatique encore marqué par de vives tensions. Derrière les gestes d’unité, les séquelles de la crise et le poids de l’Accord d’Alger restent bien présents.

Une rencontre au palais de Koulouba pour recoller les morceaux

L’image se voulait forte. Lundi, dans les salons du palais de Koulouba, le Premier ministre algérien Sifi Grine et le général de corps d’armée Assimi Goïta ont affiché leur volonté de resserrer les liens entre Alger et Bamako. Au menu des discussions : la coopération sécuritaire, la relance des échanges économiques et le renforcement des relations bilatérales dans une région sous forte pression.

Pour Alger, ce déplacement traduit une ambition claire : reprendre pied dans son arrière-cour méridionale. Pour Bamako, il s’agit de sortir d’un isolement international grandissant en s’appuyant sur un partenaire diplomatique de poids. Mais cette démonstration d’unité laisse perplexes de nombreux observateurs.

Le poids des accusations passées

Cette soudaine proximité survient après des mois de crise diplomatique aiguë. La junte malienne avait multiplié les critiques envers Alger, l’accusant d’ingérence dans les affaires intérieures du pays. Dans une surenchère souverainiste, Bamako reprochait à son voisin du Nord d’accueillir des figures de l’opposition et des acteurs religieux influents, mais surtout de soutenir les groupes rebelles autonomistes du Nord.

En dénonçant des « actes hostiles » prêtés à Alger sous couvert de médiation, la junte cherchait à désigner un bouc émissaire extérieur pour expliquer l’impasse sécuritaire et la dégradation de la situation sur le terrain.

Un rapprochement pragmatique dicté par les réalités

L’accolade de lundi ressemble moins à une alliance sincère qu’à un mariage de raison. Bamako, qui a rompu brutalement avec ses partenaires occidentaux traditionnels et s’appuie sur des alliances régionales incertaines, cherche à diversifier ses appuis diplomatiques.

Alger, de son côté, ne peut accepter un foyer d’instabilité permanent à sa frontière sud, propice aux réseaux terroristes et aux trafics transfrontaliers. La rencontre entre Sifi Grine et Assimi Goïta relève donc d’un pragmatisme : sauver les apparences pour éviter la rupture définitive, sans effacer les ressentiments qui minent la confiance entre les deux gouvernements.

L’Accord d’Alger, un levier toujours entre les mains d’Alger

Dans ce bras de fer feutré, l’Algérie conserve un avantage stratégique. Perçue historiquement comme le verrou sécuritaire et le médiateur incontournable du Sahel, elle a longtemps dicté l’agenda de la paix dans la région, notamment via l’Accord d’Alger de 2015.

En dénonçant unilatéralement cet accord début 2024, la junte d’Assimi Goïta pensait affirmer son autorité et s’affranchir de toute tutelle. Mais le terrain a démenti cette ambition : l’abandon du cadre algérien n’a ni ramené la paix dans le nord du Mali, ni éliminé la menace sécuritaire. En se rendant à Bamako pour réengager le dialogue, Alger démontre sa centralité. Bamako peut ignorer la diplomatie algérienne, mais elle finit par devoir composer avec elle.

Les limites d’une diplomatie sous uniforme

Si cette visite offre un répit médiatique au général Assimi Goïta, elle ne résout aucun problème de fond. La junte continue d’asseoir son pouvoir sur un discours sécuritaire tout en repoussant le retour à un ordre constitutionnel démocratique.

Sans engagement réel en faveur de la stabilité politique intérieure et sans prise en compte des équilibres régionaux, les promesses de cette rencontre risquent de rester lettre morte. Derrière les sourires diplomatiques et les uniformes, la relation entre Bamako et Alger demeure un terrain miné où chaque partie guette le faux pas de l’autre.