Or et mercenaires : le duo explosif qui redessine les équilibres du Sahel

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Le modèle russe en Centrafrique : entre sécurité armée et empire économique

En République Centrafricaine (RCA), l’héritage de Wagner continue de peser lourd dans les rouages politiques et économiques du pays. Sous la direction de Pavel Prigojine, fils du défunt Evgueni Prigojine, un réseau opaque aurait généré plus de 400 millions de dollars de revenus annuels. Ce chiffre révèle l’ampleur des enjeux liés à ces nouvelles formes de partenariats sécuritaires, où la protection des régimes locaux s’entremêle avec l’exploitation des ressources naturelles et des trafics présumés.

À Bangui, cette stratégie a trouvé un terrain fertile : Wagner y est devenu un acteur incontournable pour la stabilité du régime du président Touadéra. En échange de leur soutien militaire, les combattants russes bénéficient d’un accès privilégié aux circuits économiques, notamment à travers l’exploitation aurifère. La mine principale liée à ce réseau produirait à elle seule environ 250 millions de dollars par an, soulevant des questions sur la transparence des transactions et la répartition des bénéfices avec l’État centrafricain.

Une dépendance assumée : quand la sécurité se monnaye en concessions

Ce modèle repose sur un échange pernicieux : une protection militaire contre des concessions économiques. Pour un gouvernement confronté à une insurrection, cette solution peut sembler immédiate et efficace. Cependant, lorsque les intérêts privés s’immiscent dans les secteurs clés comme les mines, les transports ou la pharmacie, les priorités divergent dangereusement.

Les révélations sur les activités annexes attribuées au réseau — commerce de l’alcool, trafic d’armes ou contrôle partiel du marché du tramadol — soulignent l’ampleur des dérives possibles. Ces accusations, bien que non judiciairement prouvées, mettent en lumière un problème structurel : qui contrôle vraiment les activités d’un acteur militaire dont l’influence s’étend bien au-delà de la sécurité ?

L’AES à l’épreuve du précédent centrafricain

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), observent avec attention l’expérience centrafricaine. Ces trois pays, engagés dans une coopération renforcée avec Moscou pour faire face aux groupes jihadistes, se demandent jusqu’où ils doivent aller dans ce partenariat.

Chaque trajectoire est différente. Au Mali, les controverses autour des opérations russes ont alimenté un débat public sur l’efficacité et le coût humain de cette alliance. Au Burkina Faso et au Niger, les questions portent davantage sur les modalités de ces collaborations et leurs retombées économiques potentielles. Une certitude : le modèle centrafricain ne doit pas devenir une recette à reproduire.

Les risques d’une coopération mal encadrée

L’enjeu pour les pays de l’AES est de taille : éviter de reproduire les écueils observés à Bangui. Les contrats de sécurité, les accords miniers et les mécanismes de contrôle des revenus issus de l’or doivent être soumis à une transparence absolue. Sans cela, comment distinguer les bénéfices pour la population de ceux, plus obscurs, d’un réseau d’influence ?

La question centrale reste : ces partenariats servent-ils d’abord les intérêts des peuples ou ceux de puissances étrangères ?

Moscou, entre réorganisation et réseaux persistants

Depuis la rébellion avortée d’Evgueni Prigojine en juin 2023 et sa disparition tragique deux mois plus tard, Moscou a tenté de reprendre le contrôle des activités de Wagner via l’Africa Corps, directement lié au ministère russe de la Défense. Pourtant, cette réorganisation n’a pas effacé les réseaux déjà en place.

En Centrafrique, Pavel Prigojine aurait su préserver une marge d’autonomie, illustrant une tension persistante dans la stratégie russe : l’État cherche à centraliser son influence, tandis que des acteurs locaux tirent profit de ces alliances pour consolider leurs propres intérêts.

Un avertissement pour le Sahel : l’or comme monnaie d’échange

Pour les pays de l’AES, le danger réside dans la normalisation d’un système où la sécurité se paie en ressources naturelles. L’or, cette richesse convoitée, devient alors un outil de pression géopolitique. Les exemples malien et burkinabè montrent comment cette dynamique peut évoluer : d’une aide militaire ponctuelle à une dépendance économique structurelle.

La souveraineté d’un État ne peut se limiter à la présence de mercenaires sur son sol. Elle exige des garanties : des contrats transparents, un contrôle citoyen des concessions minières, et une évaluation indépendante des opérations étrangères. Sans ces garde-fous, l’or et la sécurité risquent de devenir les deux faces d’une même pièce — un piège dont il sera difficile de s’extraire.

Et maintenant ? Vers une coopération plus équilibrée ?

Le cas centrafricain offre une leçon claire : la sécurité ne doit pas se payer au prix de la souveraineté. Les pays du Sahel ont désormais les cartes en main pour négocier des partenariats équilibrés, où les bénéfices économiques reviennent aux populations et où les engagements militaires sont soumis à un cadre juridique strict.

Pour éviter de reproduire les erreurs du passé, il est temps de poser les bonnes questions : qui répond des exactions commises pendant les opérations ? Qui audite les revenus miniers ? Qui décide des futures concessions ? Une chose est sûre : l’or ne doit pas devenir le prix à payer pour une sécurité illusoire.

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