Dialogue inclusif et résilience au Niger, une réponse à l’insécurité grandissante

Face à l’insécurité, le Niger mise sur le dialogue inclusif pour bâtir un avenir apaisé

Plusieurs régions du Niger subissent de plein fouet les menaces sécuritaires et les attaques terroristes, poussant les autorités et les communautés à repenser leurs stratégies de paix. Parmi les solutions envisagées, le dialogue inclusif s’impose comme un pilier essentiel pour restaurer la cohésion sociale et renforcer la résilience face à l’extrémisme. Cette approche, qui s’inscrit dans une logique de souveraineté nationale, mobilise l’État ainsi que tous les acteurs socioprofessionnels, des leaders religieux aux experts en sécurité, en passant par les populations locales.

Un tournant majeur a été marqué par le 1er forum national de l’Initiative Sahel pour la Paix (SPI), organisé à Niamey les 23 et 24 juin. Cet événement a réuni des représentants des zones touchées par l’insécurité, des figures religieuses, des spécialistes de la sécurité et d’autres parties prenantes. L’objectif ? Construire un pacte de solidarité et d’engagement citoyen pour consolider la paix et la prospérité au Niger.

La sécurité des personnes et de leurs biens, une mission régalienne des Forces de défense et de sécurité (FDS) qui nécessite une résilience communautaire inclusive

Des communautés en première ligne face à l’insécurité

Dans des localités comme Téra, Makolondi et Torodi, la vie quotidienne reste marquée par des défis persistants. Malgré les efforts des autorités, les populations subissent encore les conséquences de l’instabilité : déplacements forcés, difficultés économiques, et menaces sur les moyens de subsistance. La présence des Forces de défense et de sécurité (FDS) dans ces zones est saluée, car elle permet d’éviter des exodes massifs et de limiter l’emprise des groupes armés terroristes.

Seydou Hamidou, jeune membre d’une association de Bantéri (commune de Makalondi, département de Torodi), témoigne : « Sans la protection des militaires, les jeunes de notre village sont vulnérables au recrutement forcé, à la déscolarisation, et au chômage. Les attaques perturbent nos activités agricoles, et les bandits imposent des taxes illégales ou volent notre bétail. Beaucoup d’entre nous n’ont d’autre choix que de quitter le pays. »

Seydou Hamidou, jeune activiste de Bantéri, partage son vécu face à l'insécurité

Victor Harouna, habitant de Téra, ajoute : « Les coûts de transport ont explosé à cause des menaces. Une course qui coûtait 3 000 francs CFA coûte désormais entre 10 000 et 15 000 francs. Les récoltes sont sabotées, et les déplacements restent risqués. Grâce aux militaires, certains ont pu rentrer chez eux, mais la situation reste précaire. »

Les femmes, particulièrement touchées, subissent de plein fouet les retombées de l’insécurité. Amina, une habitante de Torodi, confie : « Avant, nous exercions des activités génératrices de revenus. Aujourd’hui, nos enfants ne vont plus à l’école, des familles sont brisées, et beaucoup de femmes, déplacées, peinent à subvenir à leurs besoins. Nous demandons plus de présence militaire pour sécuriser nos communautés. »

L’État renforce ses actions pour la stabilité et la réinsertion

Le préfet de Torodi, le capitaine Boureima Dobi, a détaillé les mesures prises par l’État pour soutenir les populations déplacées. Grâce aux interventions des FDS, plus de 800 personnes ont regagné leurs localités, notamment à Makalondi, et une seconde vague de réinsertion est en préparation. « L’État agit sans relâche, en distribuant des vivres et en accompagnant les déplacés. Nous ne restons pas passifs », souligne-t-il.

Le préfet de Torodi, capitaine Boureima Dobi, expose les efforts de l'État pour la sécurité

Il insiste également sur la nécessité d’une collaboration citoyenne pour déjouer les complaisances locales envers les terroristes. « Certaines attaques sont facilitées par des complicités internes. Nous menons des campagnes de sensibilisation pour que les familles prennent leurs responsabilités et que le patriotisme s’enracine dans nos communautés. Récemment, quatre personnes ont déposé les armes et réintégré la société. C’est un signe encourageant. »

Depuis la transition politique du CNSP, le Niger a placé la consolidation de la paix au cœur de sa stratégie. La Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP), rattachée à la Présidence, joue un rôle clé en renforçant les capacités locales, en prévenant les conflits et en promouvant la résilience communautaire. Boubacar Hamidou, directeur du relèvement et de la stabilisation à la HACP, explique : « Nous formons des leaders communautaires, des jeunes et des femmes à la gestion des conflits, tout en soutenant des projets de développement avec les conseils communaux. L’objectif est de restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions. »

Boubacar Hamidou, directeur de la HACP, détaille les initiatives de paix

L’Initiative Sahel pour la Paix (SPI) : un réseau engagé pour la cohésion sociale

Créée en 2019 sous l’impulsion des Conférences Épiscopales d’Afrique de l’Ouest et de partenaires comme le CJP Burkina, l’Initiative Sahel pour la Paix (SPI) est un réseau sous-régional qui œuvre pour la paix et la résilience communautaire dans les pays du Sahel, dont le Niger. Son action repose sur le dialogue interreligieux, la prévention des conflits et l’inclusion sociale, notamment dans les zones les plus vulnérables.

Lors du forum de Niamey, Monseigneur Laurent Lompo, archevêque de Niamey et président du groupe de travail de la SPI, a appelé à un engagement collectif : « Le dialogue doit rester notre outil principal. Organisons des rencontres communautaires et intergénérationnelles pour discuter de paix et de sécurité, en impliquant tous les acteurs : hommes, femmes et jeunes. »

Monseigneur Laurent Lompo, président de la SPI, prône le dialogue pour la paix

Les priorités de la SPI incluent le renforcement des capacités des acteurs locaux, la promotion de l’emploi des jeunes, l’éducation à la paix, le leadership citoyen, et l’accompagnement psychosocial. Le forum de juin a permis d’élaborer des recommandations pour renforcer le vivre-ensemble et la stabilité au Niger.

Les leaders religieux, acteurs incontournables de la paix

La religion, souvent instrumentalisée par les groupes armés, doit être replacée au service de la concorde. Le Comité national de dialogue intra et interreligieux (CDIR), créé pour contrer l’extrémisme, joue un rôle central dans la promotion de la coexistence pacifique. Son coordinateur national, Cheikh Barham Aboubacar, explique : « Nous luttons contre les discours de haine et les tensions communautaires en clarifiant les malentendus et en encourageant le dialogue. Notre objectif est de résoudre les conflits, notamment fonciers, exacerbés par des interprétations religieuses. »

Cheikh Barham Aboubacar, coordinateur du CDIR, insiste sur le dialogue interreligieux

Le CDIR déploie des comités locaux de paix et des cellules de proximité pour désamorcer les tensions. « Le dialogue est essentiel pour éviter les affrontements religieux. Il faut expliquer, comprendre, et apaiser les sensibilités qui pourraient mener à des discriminations ou des violences. »

Les médias communautaires, sentinelles de l’information et de la paix

En période de crise, les médias communautaires deviennent des acteurs stratégiques pour diffuser une information fiable, contrer les rumeurs et promouvoir la cohésion. Alhassane Mahamane, rédacteur en chef du Studio Kalangou, souligne : « Nos radios sont des médias de proximité, sans but lucratif, qui éduquent et sensibilisent les communautés. Elles donnent la parole aux citoyens et reflètent leurs priorités. Nous avons une richesse à valoriser. »

Alhassane Mahamane, rédacteur en chef du Studio Kalangou, explique le rôle des médias locaux

Les femmes, piliers de la cohésion et du développement

Les femmes nigériennes s’organisent pour jouer un rôle actif dans la paix et le développement. Amina Boukary, coordinatrice de l’ONG Femmes, Actions et Développement (FAD), souligne : « Les femmes créent des réseaux et des associations pour générer des revenus, éduquer les enfants et renforcer le vivre-ensemble. Mais pour amplifier leur impact, elles ont besoin de soutien : formation, accès aux instances décisionnelles, et promotion de l’éducation des filles. »

« Les femmes représentent la moitié de la population. Ignorer leurs réalités, c’est se priver d’une force majeure pour la paix. Il faut renforcer leur leadership dans les mécanismes locaux de prévention et de résolution des conflits », insiste-t-elle.

Amina Boukary, coordinatrice de la FAD, milite pour l'inclusion des femmes dans la paix

Vers une paix durable : l’union de toutes les forces

La paix au Niger ne se construira pas sans l’engagement de tous : État, communautés, leaders religieux, médias, femmes et jeunes. Chaque acteur a un rôle à jouer pour renforcer la résilience, prévenir les conflits et ancrer la cohésion sociale. Les initiatives actuelles, qu’elles émanent des autorités, des acteurs locaux ou des partenaires sous-régionaux, tracent une voie prometteuse. À nous tous, citoyens et citoyennes, de faire de cette dynamique une réalité durable.