Afrique : les faits marquants de la semaine en politique et économie
Emmanuel Macron, à l’Élysée, le 7 mai.

L’actualité politique et économique du continent africain a été riche en événements majeurs cette semaine. Entre un sommet présidentiel à Nairobi, un forum économique crucial à Kigali, des réformes institutionnelles au Cameroun et au Sénégal, et une nomination diplomatique stratégique au Maroc, voici les développements essentiels à retenir.

1. La nouvelle orientation de la politique africaine d’Emmanuel Macron à Nairobi

Une vision renouvelée. Le président français, Emmanuel Macron, a récemment partagé sa vision de la politique africaine, marquant un tournant après plus d’une décennie d’engagement. Il a clairement affirmé que le paradigme de l’aide publique au développement est dépassé, lui préférant désormais la notion d’« investissement solidaire ». Cette approche vise à mobiliser les marchés privés, souvent freinés par des notations de crédit défavorables et une perception du risque jugée excessive sur le continent.

Le sommet Africa Forward. Du 11 au 12 mai, Nairobi a accueilli le sommet Africa Forward, un événement franco-africain inédit organisé pour la première fois en dehors de l’Afrique de l’Ouest. Une trentaine de chefs d’État étaient présents, co-présidés par le président kényan William Ruto. Emmanuel Macron y a annoncé des intentions d’investissement totalisant 23 milliards d’euros, dont 14 milliards proviennent de la France, combinant fonds publics et privés. Proparco, la branche privée de l’Agence française de développement (AFD), a notamment engagé 500 millions d’euros en une seule journée, représentant près de la moitié de son enveloppe annuelle pour l’Afrique.

Un pivot stratégique. Ce sommet à Nairobi symbolise un réalignement majeur de Paris. Après les tensions et les ruptures diplomatiques avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la France opère un pivot vers l’Afrique de l’Est anglophone. Tandis que le président kényan William Ruto y voit un atout à un an des élections, Emmanuel Macron cherche un partenaire fiable pour promouvoir la réforme de l’architecture financière internationale lors du prochain G7 en juin.

Chiffre clé. L’aide publique au développement des pays de l’OCDE a enregistré une baisse de plus d’un tiers en seulement deux ans. La France, pour sa part, a réduit son enveloppe d’environ 2 milliards d’euros. C’est ce déficit que le président Macron aspire à combler par l’afflux de capitaux privés, une stratégie dont l’efficacité reste à évaluer.

2. L’Africa CEO Forum de Kigali exhorte le secteur privé africain à l’expansion

Prise de parole du président rwandais, Paul Kagame, lors de la cérémonie d'ouverture de l'ACF 2026.

« Grandir ou périr ». La 13e édition de l’Africa CEO Forum, qui s’est ouverte jeudi à Kigali, a placé le thème « scale or fail » (grandir ou périr) au cœur des débats. Devant 2 800 décideurs et huit chefs d’État, le message était clair : les marchés nationaux africains sont trop restreints, les échanges intra-africains demeurent insuffisants, et le continent doit impérativement harmoniser ses efforts.

Enjeux structurels. L’absence de champions continentaux capables de rivaliser sur la scène internationale contraint l’Afrique à rester un exportateur de ressources – minerais, talents, capitaux – au lieu de capitaliser sur leur valeur ajoutée. Huit ans après son lancement, le projet de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) reste inachevé, confronté à des barrières réglementaires persistantes, des coûts logistiques élevés et des échanges intra-africains encore marginaux.

Une voix africaine forte. Le président rwandais, Paul Kagame, a prononcé une déclaration percutante : « D’un côté, ils viennent nous donner des leçons sur les droits humains et de l’autre ils viennent nous prendre nos minerais. On ne doit plus attendre de se faire arnaquer. »

3. Cameroun : le mystère de la vice-présidence de Paul Biya et la course aux prétendants

Le président camerounais, Paul Biya, et sa femme, Chantal Biya, à Yaoundé, le 18 avril 2026. © PATRICK MEINHARDT / AFP

Un fauteuil vacant. Au Cameroun, malgré la promulgation du décret réinstituant la vice-présidence, le poste reste inoccupé. À Yaoundé, les spéculations vont bon train, alors qu’une liste de potentiels candidats s’allonge, incluant des personnalités comme Paul Atanga Nji, Louis-Paul Motaze, Philémon Yang, et Oswald Baboké. Le président Paul Biya n’a pas encore fait son choix.

Les coulisses de la succession. Il était initialement pressenti que Franck Biya, le fils du président, serait nommé peu après le décret d’avril, avec pour première mission officielle l’accueil du pape Léon XIV. Cependant, le communiqué préparé pour la CRTV n’a jamais été diffusé. Des sources indiquent que Chantal Biya aurait intervenu à la dernière minute, favorisant plutôt son propre fils, Franck Hertz. Cette hésitation met en lumière les enjeux complexes et les luttes d’influence autour de la succession présidentielle.

4. Sénégal : une réforme constitutionnelle qui pourrait renforcer Ousmane Sonko

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le 16 octobre 2025. © PATRICK MEINHARDT / AFP

Redistribution des pouvoirs. Un avant-projet de révision constitutionnelle, rendu public le 27 avril au Sénégal, pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs au sein de l’exécutif, potentiellement au bénéfice d’Ousmane Sonko. Deux modifications majeures sont à noter : le président serait désormais tenu de définir la politique nationale « en concertation » avec son Premier ministre, et ce dernier obtiendrait un droit autonome de saisine de la future Cour constitutionnelle, indépendant de la volonté présidentielle. De plus, le président Faye se verrait interdire de diriger un parti ou de faire campagne, tandis que Sonko conserverait toute liberté à la tête de Pastef.

Risque institutionnel. Bien que l’article 49, qui permet au président de révoquer le Premier ministre, reste inchangé, cette réforme pourrait engendrer une situation institutionnelle inédite. Si les tensions, déjà perceptibles entre les deux hommes, devaient s’intensifier jusqu’à une révocation, le Sénégal pourrait se retrouver face à une cohabitation complexe : un chef de parti majoritaire au Parlement, dont le rôle serait constitutionnellement renforcé, contraint à l’opposition depuis la primature.

5. Philippe Lalliot : le nouvel ambassadeur de France au Maroc

Philippe Lalliot lors d'un entretien dans la salle de crise du CDCS, au ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères, quai d'Orsay à Paris, le 11 mars 2026.

Un choix présidentiel. Philippe Lalliot, 60 ans, a été personnellement désigné par le président Macron pour succéder à Christophe Lecourtier en tant qu’ambassadeur de France au Maroc. Issu du Quai d’Orsay et actuel directeur du Centre de crise et de soutien (CDCS), il apporte un profil de gestionnaire de crises, en ligne avec la nouvelle doctrine diplomatique française envers Rabat, qui privilégie l’efficacité à la politique pure.

Défis bilatéraux. Lalliot prend ses fonctions dans un contexte de réchauffement des relations franco-marocaines, bien que celles-ci ne soient pas encore pleinement concrétisées. Un traité d’amitié est toujours en négociation, et la visite d’État du roi Mohammed VI en France n’a pas encore de date officielle. Sur le plan économique, la France est un acteur majeur, représentant près de 30 % du total des investissements directs étrangers au Maroc. Paris souhaite accélérer cette dynamique, tandis que Rabat procède avec une approche mesurée, point par point.