Loi anti-homosexualité au Sénégal : répression et menaces pour les droits humains
Alors que le monde célèbre les avancées pour les droits des personnes LGBTQIA+, le Sénégal adopte une position radicalement opposée avec une loi anti-homosexualité d’une sévérité inédite. Dans un contexte où l’orientation sexuelle devient un sujet de plus en plus controversé, cette nouvelle législation place le pays parmi les États les plus répressifs d’Afrique.
une loi qui durcit les peines et étouffe les libertés
Sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, le gouvernement a fait adopter une loi qui alourdit considérablement les sanctions contre les personnes homosexuelles. Les peines de prison passent de 5 à 10 ans, tandis que les amendes peuvent désormais atteindre 10 millions de francs CFA, soit plus de 15 000 euros. Ce texte, présenté comme un projet de « souveraineté nationale », a été voté à l’unanimité par l’Assemblée nationale sénégalaise le 11 mars 2026.
violences et arrestations arbitraires : un climat de terreur
Les conséquences de cette loi se font déjà sentir. Plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées en quelques semaines, certaines préférant la prison plutôt que de subir les violences de foules en quête de « justice ». Un jeune homme confiait : « À tout moment, tu te dis qu’on peut venir t’attraper. Tu es obligé de vivre caché. Avoir peur tout le temps, ce n’est pas une vie. »
Les autorités alimentent cette hostilité en associant l’homosexualité à une menace pour les valeurs religieuses et culturelles. Un ingénieur français récemment arrêté a été victime d’une « rafle », soulignant que personne n’est désormais à l’abri, y compris les étrangers.
une manœuvre politique et religieuse controversée
Cette loi s’inscrit dans une stratégie plus large, où les groupes religieux comme And Sàmm Jikko Yi jouent un rôle clé. Son président, l’imam Babacar Sylla, qualifie les homosexuels de « danger public » et va jusqu’à affirmer, sans preuve, qu’ils « propagent délibérément des maladies ». Le gouvernement, en difficulté face à une récession économique, instrumentalise cette rhétorique pour détourner l’attention, présentant l’homosexualité comme une « importation occidentale » incompatible avec l’identité sénégalaise.
une régression alarmante pour les droits humains
Les organisations de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme. Pour la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), cette loi « expose les personnes vulnérables à des violences, arrestations arbitraires et humiliations ». Elle menace également la liberté d’expression en criminalisant toute promotion ou soutien aux droits LGBTQIA+.
Les conséquences sanitaires sont déjà visibles : les dépistages du VIH chutent, car les personnes craignent d’être traquées ou poursuivies. Les défenseurs de la santé publique s’inquiètent de l’impact sur des décennies de progrès.
Avec 31 des 54 pays africains criminalisant l’homosexualité, le Sénégal, autrefois considéré comme un bastion de stabilité, s’aligne désormais sur des régimes parmi les plus répressifs. Pour les personnes concernées, l’exil ou le silence deviennent les seules options.