Mali: l’escalade sécuritaire post-retrait militaire français

Sur les vastes étendues du Sahel, où les conflits se déroulent souvent loin des projecteurs internationaux, le Mali fait face à une réalité brutale. Les récentes attaques qui frappent le pays ne sont pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’une décision politique majeure : le départ des forces qui assuraient la stabilité face aux menaces djihadistes. Cette rupture, présentée comme un acte de souveraineté nationale, a été nourrie par une forte rhétorique anti-française, servant à légitimer de nouvelles orientations internes.
Le souhait de Bamako exaucé, un vide sécuritaire s’installe
Le départ des derniers contingents français de villes stratégiques comme Gao, Tessalit et Ménaka s’est opéré sous les critiques d’une partie de l’opinion publique malienne, influencée par des années de discours accusateurs. À l’époque, l’importance des capacités opérationnelles françaises semblait minimisée, oubliant que c’était précisément l’intervention de Paris en 2013 qui avait enrayé l’avancée des groupes djihadistes menaçant de faire s’effondrer l’État malien.
Le président Emmanuel Macron avait alors souligné avec une clarté sans appel : « Le Mali n’a pas pris la meilleure décision en chassant l’armée française ». Cette déclaration, empreinte d’une lucidité stratégique, résonne aujourd’hui avec une force particulière. Bien que la France reconnaisse ses propres erreurs, notamment une possible surestimation de l’efficacité militaire sans réformes politiques locales adéquates, le chef de l’État a toujours maintenu que sans l’aide française, l’intégrité du Mali aurait été compromise, affirmant : « Sans la France, le Mali ne serait plus un État uni ».
Cette observation prend tout son sens sur le terrain. L’évacuation des bases françaises a créé un vide sécuritaire que les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique n’ont pas tardé à exploiter. Là où l’opération Barkhane assurait une surveillance constante, des frappes ciblées et des renseignements cruciaux, les autorités maliennes peinent désormais à exercer un contrôle durable sur leur territoire.
L’hommage aux soldats français tombés au Sahel
Il est impératif de se souvenir du lourd tribut payé : cinquante-huit soldats français ont perdu la vie au Sahel. Ces hommes ont péri dans des conditions extrêmes, à Kidal, dans l’Adrar des Ifoghas, ou à In Delimane, victimes d’engins explosifs ou d’opérations nocturnes face à un ennemi insaisissable.
Ces militaires n’étaient pas des envahisseurs, ni les vestiges d’une ère coloniale. Ils étaient les vecteurs d’un engagement de la République française visant à empêcher la formation d’un sanctuaire terroriste au cœur du Sahel, une menace pour la stabilité régionale et internationale. Leur sacrifice, d’une valeur inestimable, ne saurait être occulté par des simplifications idéologiques.
Certes, la France a pu commettre des erreurs, mais elle a également soutenu, souvent seule durant de nombreuses années, un effort militaire considérable pour maintenir un équilibre régional précaire. Le Mali a choisi de s’affranchir de cette structure de défense au nom d’une souveraineté affirmée. Il doit désormais en assumer pleinement les répercussions.
La remarque d’Emmanuel Macron, loin d’être un signe de rancœur, est un constat pragmatique : une souveraineté proclamée ne suffit pas toujours à contenir la progression de groupes djihadistes. Le Sahel a représenté un défi diplomatique majeur pour la France, mais pour ses soldats, il demeure avant tout un champ d’honneur, dont la mémoire ne saurait être altérée par les fluctuations de l’opinion publique.