Urgence humanitaire au Sud-Kivu : MSF en première ligne face à la crise des déplacés
urgence humanitaire au Sud-Kivu : MSF en première ligne face à la crise des déplacés
la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), traverse une crise humanitaire sans précédent. les combats armés récurrents dans la région de Baraka et l’effondrement des infrastructures routières compliquent drastiquement l’accès aux soins médicaux. face à l’ampleur des besoins, l’assistance médicale et humanitaire actuelle reste largement insuffisante. médecins sans frontières (MSF) intervient en première ligne pour apporter un soutien vital aux populations affectées.
l’intensification des violences aggrave les déplacements massifs
les affrontements répétés entre les forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’alliance fleuve Congo (afc)/m23 sur les hauts plateaux de Fizi attisent les tensions intercommunautaires historiques. cette recrudescence de violences a engendré de nouveaux déplacements de populations à grande échelle. selon les dernières estimations, près de cinq millions de personnes ont été déplacées, dont 1,9 million au Sud-Kivu et au Maniema, d’après les chiffres du bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).
en l’absence de solutions d’accueil adaptées, la majorité des déplacés vivent dans des familles d’accueil ou des camps précaires comme celui de Monge Monge. l’accès à l’eau potable, à la nourriture et aux soins de santé de base reste extrêmement limité pour les populations locales comme pour les déplacés.
des distances interminables et des coûts prohibitifs entravent l’accès aux soins
les conflits prolongés ont privé de nombreuses familles déplacées de leurs moyens de subsistance. face à cette réalité, MSF ajuste ses interventions et renforce son offre de soins pour les communautés touchées par ces violences.
ikupe roger, 60 ans, a fui son village il y a un an et demi pour échapper aux combats. « lorsque les affrontements ont éclaté, j’ai quitté mon foyer avec ma femme et nos huit enfants pour sauver nos vies », témoigne-t-il. « aujourd’hui, mon plus grand défi est de rester à Baraka malgré l’insécurité persistante. avant l’arrivée de MSF, il était presque impossible d’accéder à des soins abordables. payer plus de 100 000 francs congolais pour un traitement est tout simplement inaccessible ». pour subvenir aux besoins de sa famille, il se tourne vers l’agriculture, la pêche et un petit élevage de volailles. malgré ces efforts, les conditions de vie restent extrêmement difficiles.
« sans ressources financières, beaucoup de familles ne peuvent plus payer le transport ou accéder aux soins essentiels », alerte gianpietro campedelli, coordinateur de projet de MSF à Baraka. de nombreux patients arrivent dans les structures sanitaires dans un état critique, souvent trop tard pour recevoir des soins salvateurs.
les civils en fuite deviennent des cibles
au-delà des blessures directes liées aux combats, de nombreuses personnes subissent des traumatismes et des violences lors de leur fuite, notamment dans des zones rendues instables par les conflits. fatou, 40 ans, a trouvé refuge dans une famille d’accueil à Mwandiga après avoir fui son village de Makobola. « durant notre fuite, des hommes armés nous ont agressés et dépouillés de tout ce que nous possédions. en partant, notre village était désert et pillé », raconte-t-elle.
MSF renforce le système de santé face aux urgences multiples
à Baraka, les centres de santé sont submergés par une double pression : l’afflux de blessés de guerre et la propagation d’épidémies comme le choléra et le paludisme. ces établissements, débordés, peinent à répondre à l’ensemble des besoins.
entre janvier et avril 2026, MSF a mené les actions suivantes :
- soutien logistique et médical à l’hôpital général de référence de Baraka : approvisionnement en médicaments, renforcement des capacités du personnel soignant et prise en charge des urgences ;
- prise en charge financière des traitements pour les patients atteints de pathologies graves, dont les formes sévères de paludisme, les infections respiratoires aiguës et les maladies diarrhéiques ;
- appui à sept sites de soins communautaires pour le dépistage précoce du paludisme, de la pneumonie et des diarrhées.
au total, 26 234 patients ont été pris en charge, dont 426 blessés de guerre, 16 574 cas de paludisme, 2 953 cas de diarrhées et 3 832 cas de pneumonies.
les équipes de MSF sont également mobilisées dans la lutte contre les épidémies :
- prise en charge de 1 002 patients au centre de traitement du choléra (CTC) de Baraka depuis janvier ;
- distribution de kits d’hygiène et installation de points de chloration ;
- réparation de pompes à eau manuelles à Baraka, Mwangaza et Mushimbakye ;
- remise de 488 kits essentiels (savon, couvertures, assiettes, moustiquaires) dans le camp de Monge Monge, ainsi que de kits d’hygiène féminine pour 870 femmes.
l’urgence d’une mobilisation collective
actuellement, MSF concentre ses efforts sur la santé reproductive et la prise en charge des victimes de violences sexuelles au centre de santé de Baraka, tout en maintenant ses activités d’eau, hygiène et assainissement dans le camp de Monge Monge.
pourtant, la situation reste critique. malgré ces interventions, les besoins dépassent largement les moyens disponibles. « la présence de MSF est indispensable, mais elle ne suffit pas à combler toutes les lacunes. une mobilisation renforcée des acteurs humanitaires est absolument nécessaire pour protéger les populations confrontées à des vulnérabilités sanitaires et sociales toujours plus grandes », souligne gianpietro campedelli.