Suspension du bordereau électronique sur les corridors de transit vers le Tchad et la Centrafrique

C’est un tournant majeur pour la logistique en Afrique centrale. Le Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC) vient de lever l’obligation du Bordereau électronique de suivi des cargaisons (BESC) pour les marchandises circulant sur les axes Douala-N’Djamena et Douala-Bangui. Cette mesure, officialisée par une note de la direction générale signée par Auguste Mbappe Penda, s’applique immédiatement aux chargeurs, transporteurs et commissionnaires agréés en douane opérant vers le Tchad et la République centrafricaine.

En vigueur depuis 2006, le BESC avait pour mission initiale de garantir la traçabilité des produits et de stabiliser les statistiques commerciales. Cependant, son application systématique aux cargaisons en simple transit était devenue une source de tensions croissantes. Les opérateurs économiques tchadiens et centrafricains pointaient du doigt une lourdeur administrative superflue et des coûts additionnels pesant sur la compétitivité du port de Douala.

Un engagement pris lors du sommet de N’Djamena

Cette décision concrétise les engagements pris en mai 2026 lors du 5e forum tripartite entre le Tchad, le Cameroun et la RCA. Cette rencontre de haut niveau avait pour objectif de lever les barrières entravant la fluidité du transport sur l’axe transcamerounais. Les experts avaient alors souligné que les difficultés techniques, notamment le manque d’interconnexion entre les systèmes informatiques des différents conseils des chargeurs de la zone CEMAC, transformaient cet outil de suivi en un véritable goulot d’étranglement.

La suspension actuelle vise donc à simplifier les procédures en attendant une harmonisation réelle des plateformes numériques régionales. Si les autorités de N’Djamena et de Bangui voient dans ce geste une avancée significative pour le développement Sahel, les contrôles douaniers classiques restent toutefois en place pour assurer la surveillance des flux de marchandises.

Protéger 410 milliards de FCFA de recettes douanières

Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse la simple facilitation administrative. Le transit des marchandises à destination des voisins enclavés génère chaque année plus de 410 milliards de FCFA de recettes pour les douanes camerounaises. Le port de Douala, poumon économique de la région, doit impérativement rester attractif face à une concurrence de plus en plus vive.

Le Tchad et la République centrafricaine n’hésitent plus à explorer des alternatives logistiques. N’Djamena regarde avec intérêt vers le port de Lagos au Nigéria ou les routes soudanaises, tandis que Bangui évalue les capacités du corridor congolais via Pointe-Noire. Dans ce contexte de rivalité portuaire, supprimer le BESC est une stratégie défensive cruciale pour maintenir la domination de l’axe camerounais dans l’actualité Sahel et régionale.

Des défis structurels encore persistants

Bien que la fin du BESC soit saluée par les syndicats de transporteurs, beaucoup estiment que le chemin vers une fluidité totale est encore long. Les multiples contrôles routiers, les prélèvements informels et les délais de manutention au port de Douala demeurent des obstacles majeurs. Ces freins structurels continuent d’alourdir les coûts finaux pour les consommateurs du Tchad et de Centrafrique.

La réussite de cette réforme dépendra désormais de la capacité des autorités à moderniser l’ensemble de la chaîne logistique. La réduction des contrôles redondants et une meilleure coordination entre les services de l’État sont indispensables pour que le corridor transcamerounais demeure le premier choix des importateurs de la CEMAC. Cette suspension du BESC marque ainsi le début d’un vaste chantier de modernisation attendu par tous les acteurs du commerce transfrontalier.