Succès masra : un opposant tchadien privé de liberté et de soins médicaux
Depuis un an, l’opposant tchadien Succès Masra est détenu dans des conditions indignes au Tchad. Ancien Premier ministre et fondateur du parti Les Transformateurs, il a été condamné en août 2025 à vingt ans de prison pour un message diffusé en 2023, accusé d’avoir provoqué des violences intercommunautaires dans le sud du pays. Pourtant, aucune preuve ni témoignage ne corroborent cette accusation.
Un enfermement sans fondement et des conditions de détention inacceptables
Sa sœur, Chancelle Masra, qui vit en France, tire la sonnette d’alarme : « Il est toujours enfermé injustement, souffrant, et a besoin d’une prise en charge médicale urgente. Les médecins ont confirmé des problèmes respiratoires, mais il est impossible de réaliser les analyses nécessaires au Tchad. »
Depuis le 16 mai 2025, Succès Masra est détenu dans une pièce de moins de quinze mètres carrés, sans accès à la lumière naturelle, dans un bureau de la coordination de la police judiciaire à N’Djaména. Les conditions de détention sont déplorables : pas de lit, pas de possibilité de pratiquer une activité physique, et aucun contact avec l’extérieur.
Un détenu privé de tous ses droits fondamentaux
- Visites : Après des mois de lutte, sa famille et ses avocats peuvent désormais le voir, mais sous strict contrôle administratif.
- Communication : Tous ses appareils électroniques ont été confisqués. Il n’a aucun contact téléphonique, ni avec sa femme, ni avec sa fille, ni avec sa sœur.
- Santé : Aucune prise en charge médicale adéquate n’est disponible sur place. Les autorisations pour consulter des médecins restent rares et aléatoires.
Une condamnation contestée et un appel en suspens
Dès 2018, Succès Masra a fondé son parti sur des valeurs de dialogue et de non-violence. En 2023, il a même signé un accord de paix avec le gouvernement, renonçant à son salaire de Premier ministre pour œuvrer au développement du Tchad. Pourtant, le tribunal l’a condamné pour « incitation à la haine », une accusation qu’il conteste farouchement.
« Juridiquement, le dossier est vide. Il n’y a ni preuve, ni témoignage. Mon frère est un innocent », déclare sa sœur. Malgré son appel, aucune date n’a été fixée pour le procès en appel. « Enfermer un homme pacifique ne résoudra pas les tensions au Tchad. La justice doit être utilisée pour la paix, pas pour régler des comptes. »
Un climat politique qui se dégrade au Tchad
La situation de Succès Masra s’inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés au Tchad. Récemment, huit opposants du GCAP ont été condamnés à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser une marche pacifique. Une décision qui inquiète Chancelle Masra : « Sans liberté d’expression, il n’y a pas de démocratie. Les opposants doivent pouvoir s’exprimer sans risquer la prison. »
Le ministre tchadien de la Communication a pourtant affirmé que l’opposition était représentée au Parlement. Une réponse qui, pour sa sœur, ne suffit pas : « Mon frère n’a jamais prôné la violence. Il a toujours choisi le dialogue, même dans les moments les plus tendus. »
Une mobilisation internationale qui porte ses fruits
Malgré l’isolement imposé à Succès Masra, sa famille et ses soutiens internationaux continuent de se battre pour sa libération. « La communauté internationale a répondu présente. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé son enfermement. Sans cette pression, il ne serait peut-être plus en vie aujourd’hui. »
Cependant, Chancelle Masra rappelle que la liberté d’expression reste menacée au Tchad : « Je jouis de ma liberté en France, mais dans d’autres pays, notamment en Afrique, cette liberté est étouffée. Il est temps que cela change. »
Un appel à la raison et à la justice
Pour Succès Masra, l’enjeu dépasse sa personne : « La justice tchadienne doit réparer cette erreur. Un pays qui se dit démocratique ne peut pas utiliser la justice pour museler ses opposants pacifiques. » Sa sœur conclut : « Mon frère a toujours cru en un Tchad debout, où développement et sécurité avancent ensemble. Enfermer un homme comme lui ne fait que fragiliser le pays. »