Société civile au Burkina Faso : dissolution massive d’ong et associations

Au Burkina Faso, la récente dissolution de 118 organisations non gouvernementales (ONG) et associations suscite une vive inquiétude parmi les défenseurs des droits humains et les observateurs internationaux. Ousmane Diallo, spécialiste reconnu du Sahel au sein du Bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, alerte sur les conséquences dramatiques de cette mesure pour la liberté d’association dans le pays.

Selon lui, cette décision « viole ouvertement le droit à la liberté d’association, un principe constitutionnellement garanti au Burkina Faso »*. La Constitution burkinabè, ainsi que les amendements ultérieurs, protègent explicitement ce droit, qui ne peut être remis en cause. En outre, cette dissolution contredit les engagements internationaux du pays, notamment ceux issus de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que le Burkina Faso a ratifiés.

Cette vague de dissolutions s’inscrit dans une stratégie délibérée visant à museler la société civile par des moyens répressifs et arbitraires.

Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel au Bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

Les associations et ONG jouent un rôle essentiel dans la défense des droits fondamentaux, la promotion de l’État de droit et le contrôle des actions gouvernementales. Leur dissolution représente une « menace directe pour la démocratie et les libertés », selon les experts. Pour Ousmane Diallo, les autorités burkinabè doivent immédiatement revenir sur cette décision et garantir aux acteurs de la société civile la possibilité d’exercer leurs activités sans craindre des représailles.

Cette mesure s’ajoute à un ensemble de pratiques répressives déjà observées : législation abusive, intimidations, harcèlements, détentions arbitraires et poursuites judiciaires ciblées contre les militants et défenseurs des droits humains. Les autorités sont appelées à cesser ces restrictions et à respecter leurs obligations internationales en matière de droits humains.

derrière la décision : un contexte politique tendu

La dissolution de 118 ONG et associations, annoncée par le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité du Burkina Faso, intervient sans justification claire, si ce n’est le respect des « dispositions légales en vigueur »*. Cette décision s’inscrit dans une série de mesures restrictives prises par les autorités depuis plusieurs années.

Dès janvier 2026, tous les partis politiques ont été dissous après une suspension de trois ans, marquant une restriction supplémentaire de l’espace démocratique. En novembre 2025, un décret présidentiel a imposé aux ONG nationales et internationales de transférer leurs comptes bancaires vers une institution financière contrôlée par l’État, au sein du Trésor public. Cette mesure expose les organisations à des risques de gel arbitraire des fonds, de surveillance financière accrue et de sanctions ciblées.

Le Burkina Faso est dirigé par un régime militaire depuis deux coups d’État survenus en janvier et septembre 2022. En mai 2024, la transition militaire, initialement prévue pour s’achever le 2 juillet 2024, a été prolongée de cinq ans, confirmant une centralisation du pouvoir et une réduction de l’espace civique.

Face à cette escalade répressive, la communauté internationale et les défenseurs des droits humains appellent à une révision urgente des décisions prises par les autorités burkinabè, soulignant l’urgence de préserver les libertés fondamentales dans le pays.