Financements bad au Cameroun : 292 milliards de fefa menacés d’annulation

Financements BAD au Cameroun : 292 milliards de FCFA menacés d’annulation

Lors de la revue conjointe du portefeuille organisée à Yaoundé, les autorités camerounaises et la Banque africaine de développement (BAD) ont révélé un risque financier majeur. Sept projets, approuvés par l’institution financière panafricaine, totalisant 373,419 millions d’unités de compte (soit environ 292 milliards de FCFA), pourraient être annulés. Cette menace ne découle pas d’un manque de ressources, mais d’un retard administratif criant dans la mise en œuvre des accords.

Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas de fonds déjà versés que l’État devrait rembourser. Ces enveloppes correspondent à des prêts et dons validés par la BAD, mais dont les accords n’ont jamais été signés dans les délais impartis ou pour lesquels aucun paiement n’a été initié malgré leur formalisation juridique. Six projets relèvent du premier cas de figure, tandis qu’un septième, bien que doté d’un accord signé, n’a bénéficié d’aucun décaissement après plus de quinze mois.

La route Ngoura-Yokadouma : un projet phare bloqué à 207 milliards de FCFA

Un projet se distingue par son ampleur et son poids dans ce risque d’annulation. Le Programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers, qui vise à financer la modernisation de la route Ngoura-Yokadouma dans la région de l’Est, mobilise à lui seul 265,4 millions d’UC, soit environ 207 milliards de FCFA. Approuvé en février 2026, il attendait encore la signature de l’accord de prêt lors de la revue.

Cinq autres initiatives partagent le même sort. Parmi elles figurent le Projet d’appui à l’Université panafricaine (phase 2), doté de 3,64 millions d’UC et validé en décembre 2024, ainsi que des études pour des infrastructures hydroélectriques, universitaires et de prévention des risques, comme l’aménagement hydroélectrique de Minkouma ou la cité universitaire CUA-Y2. Sans oublier un projet régional stratégique : la construction d’un pont sur le fleuve Ntem, à la frontière avec la Guinée équatoriale, combinant deux prêts totalisant près de 60 millions d’UC.

PARZIK2 : un accord signé mais aucun décaissement après quinze mois

Le Projet d’aménagement des routes de désenclavement de la zone industrielle et portuaire de Kribi (PARZIK2) illustre une autre forme de blocage. Bien que l’accord ait été signé, aucun décaissement n’a été enregistré sur les 34 millions d’UC alloués (environ 26,54 milliards de FCFA) après plus de quinze mois. Kribi, enjeu clé de la stratégie portuaire nationale, voit ainsi son développement retardé.

Un cycle d’exécution deux fois plus long que les standards

Les chiffres présentés lors de cette revue révèlent un dysfonctionnement structurel. Le délai moyen entre l’approbation d’un financement et la signature de l’accord atteint douze mois, alors que la BAD fixe un objectif de trois mois. L’entrée en vigueur des projets prend en moyenne seize mois, contre cinq mois attendus, et le premier décaissement intervient après vingt et un mois, alors que l’institution table sur douze mois. Pratiquement deux années s’écoulent donc avant qu’un euro ne soit effectivement engagé.

Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a admis la gravité de ce constat. Il a pointé du doigt plusieurs causes : une préparation insuffisante des dossiers, des lenteurs dans les procédures de passation des marchés publics, des faiblesses au sein des unités de gestion et des retards dans la mobilisation des fonds de contrepartie, que l’État doit apporter en complément des financements extérieurs. Ces retards alourdissent les coûts et compromettent la crédibilité du Cameroun auprès des bailleurs de fonds.

Depuis son premier engagement au Cameroun en 1972, la BAD a accordé 130 prêts et dons pour un total de 3 345 milliards de FCFA. Le programme 2023-2028 prévoit onze nouvelles opérations pour un volume d’approbations estimé à 833,8 milliards de FCFA. La conversion de ces engagements en réalisations concrètes reste, à ce jour, le point faible de la coopération financière entre Yaoundé et l’institution panafricaine.