Réforme constitutionnelle en RDC : le pouvoir camper sur ses positions malgré l’appel à la grève générale
À Kinshasa, l’opposition défie le pouvoir avec une ville morte, mais l’exécutif ne cède pas
Malgré l’appel à une journée ville morte lancé par les forces d’opposition, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) maintient fermement son projet de réforme constitutionnelle. À Kinshasa, la capitale, les deux camps s’affrontent ouvertement : l’opposition clame avoir obtenu une mobilisation massive, tandis que le pouvoir minimise l’impact de cette action et réaffirme sa détermination à poursuivre sa réforme.
Une capitale paralysée par la peur et les forces de l’ordre
Mercredi après-midi, les rues de Kinshasa montraient un visage inhabituellement calme. La journée ville morte décrétée par la Coalition Article 64 (C64), regroupant plusieurs partis d’opposition, a presque entièrement paralysé la vie quotidienne dans la capitale congolaise. Les habitants, redoutant d’éventuels affrontements ou simplement par crainte de la répression, sont restés cloîtrés chez eux.
Les témoignages recueillis dans la ville confirment un véritable arrêt des activités : écoles fermées, magasins clos, et circulation quasi inexistante. Les forces de sécurité, très visibles, ont renforcé leur présence dans les rues, dissuadant toute velléité de sortie.
« Je ne vois plus les élèves dans les rues, il n’y a plus de circulation. Les écoles sont fermées. Les gens ne veulent pas que la Constitution soit modifiée. Si nous n’avions pas protesté, chacun serait allé travailler. Le peuple dit non », confie un habitant du centre-ville.
« Ici, c’est la panique. Il y a des militaires et des policiers partout. Impossible de sortir, aucun véhicule ne circule. Les boutiques sont fermées. La situation est vraiment tendue. »
L’opposition crie victoire et annonce de nouvelles mobilisations
Pour les leaders de l’opposition, cette journée a été un succès retentissant. Ils estiment que la population a massivement répondu à leur appel et y voient une preuve du rejet populaire du projet de réforme constitutionnelle porté par le président Félix Tshisekedi.
Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka, n’a pas caché sa satisfaction. Pour lui, la mobilisation du 27 mai marque un désaveu cinglant du chef de l’État.
« La population kinoise a répondu à l’appel à 99,9 %. En restant chez eux, les citoyens ont clairement désavoué Félix Tshisekedi et son projet de modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Il est temps pour lui de comprendre ce message fort envoyé par le peuple. »
Les opposants promettent déjà de nouvelles actions d’envergure pour faire obstacle à la réforme, qui pourrait être soumise à référendum dans les semaines à venir.
Le pouvoir refuse de reculer et défend sa réforme
Le camp présidentiel, de son côté, refuse catégoriquement de céder aux pressions. Les responsables de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) assurent que l’appel à la grève n’a pas eu l’impact escompté et que la vie a repris son cours normal à Kinshasa.
Christian Lumu Lukusa, vice-président de la Ligue des jeunes de l’UDPS, rejette les accusations d’échec de la mobilisation.
« Malgré les appels à la violence lancés par certains leaders de l’opposition, le peuple n’a pas suivi leurs consignes. Je vous le dis, Kinshasa est en pleine activité. »
Il a également réaffirmé la détermination du gouvernement à mener à bien la réforme constitutionnelle, présentée comme une nécessité pour moderniser les institutions congolaises.
« Le projet de modification de la Constitution sera maintenu, car il répond à un besoin national et à une volonté de moderniser nos institutions. »
Le responsable a confirmé que la réforme devrait être soumise à référendum, conformément à la loi adoptée par l’Assemblée nationale le 27 mai dernier.
Un référendum au cœur d’une crise politique persistante
La proposition de loi référendaire, adoptée fin mai, est au cœur des tensions entre le pouvoir et l’opposition. Cette dernière accuse le gouvernement de violer la Constitution actuelle en cherchant à organiser un référendum sur une réforme qu’elle juge illégale.
Ce différend profond laisse présager de nouvelles confrontations politiques dans les semaines à venir, alors que le pays s’enfonce dans une crise institutionnelle aux conséquences encore incertaines.