RDC: la constitution congolaise, un problème d’hommes et non de texte, selon Prince Epenge
Lors d’un débat animé mardi soir, le politologue Prince Epenge, représentant le C64, a fermement réfuté les propositions de Christian Lumu, cadre de l’UDPS, concernant une éventuelle révision de la constitution congolaise. Ses arguments ont déconstruit, point par point, la nécessité d’une telle modification.
Le cadre constitutionnel, un prétexte ?
Le politologue a d’emblée souligné une incohérence majeure dans la position de l’UDPS : comment soutenir un bilan gouvernemental positif tout en critiquant avec véhémence la charte fondamentale du pays ? Prince Epenge a martelé le rôle essentiel d’une constitution : « elle est là pour définir les mécanismes d’accès, d’exercice et de transmission du pouvoir », et non pour « servir des desseins individuels ». Il a interpellé son contradicteur sur l’absence de clarification des « réalités » qui, selon l’UDPS, rendraient une réforme indispensable.
Déclaration de guerre : une procédure « lourde » remise en question
Abordant la question des « procédures jugées lourdes » pour une déclaration de guerre, Prince Epenge a brandi une déclaration passée du président Félix Tshisekedi : « une seule balle, pas deux, une seule et je déclare la guerre ». Il a alors ironisé sur l’idée que le chef de l’État aurait ignoré ces prétendues contraintes constitutionnelles, suggérant une dissonance entre les discours.
L’article 220, pierre angulaire de la forme républicaine de l’État, a été au cœur de ses préoccupations. Le politologue a mis en garde contre toute tentative de révision de cette disposition, y voyant un risque de glissement vers un système monarchique. « En république, l’autorité émane du peuple. Dans un royaume, elle est héréditaire », a-t-il précisé. Il a solennellement promis de s’opposer « jusqu’à la dernière goutte de sang » à toute altération de ce principe fondamental.
En somme, Prince Epenge a interprété la volonté de l’UDPS comme une stratégie claire : « le seul objectif de l’UDPS en voulant modifier la constitution est le maintien de monsieur Félix Tshisekedi à la tête du pays ».
Fort de son expertise de politologue, acquise à l’Université de Kinshasa, il a rappelé que l’actuelle loi fondamentale est le fruit d’un « compromis historique » issu des accords de Sun City. Ce texte visait à résoudre des désaccords profonds sur la structure de l’État (fédéralisme ou unitarisme) et le régime politique (présidentiel ou parlementaire). Il a cité le référendum de 2005, validé par « 61% des suffrages avec une participation de plus de 84% », et a pointé une autre contradiction : « l’Union sacrée est composée à 80% d’anciens belligérants, et pourtant on affirme un bilan positif avec ces mêmes acteurs ».
Les vrais obstacles au développement : la constitution ou la gouvernance ?
Avec une rhétorique incisive, Prince Epenge a mis Christian Lumu au défi de nommer cinq articles de la constitution qui entraveraient concrètement l’action présidentielle, citant des exemples comme l’accès à l’eau, à l’électricité, la capacité à déclarer la guerre ou l’octroi de bourses étudiantes. Il a fustigé des méthodes de gouvernance qu’il qualifie de « mafieuses », où les fonds publics seraient d’abord partagés entre initiés avant que des « miettes » ne parviennent au peuple, posant la question provocatrice : « est-ce la constitution qui inspire une telle mafia ? »
En conclusion, Prince Epenge a décrit la proposition de l’UDPS comme une initiative « suicidaire et fratricide », susceptible de mener à la « balkanisation » de la République Démocratique du Congo. Il a mis en garde contre le précédent dangereux d’une révision constitutionnelle à chaque changement de pouvoir, qui transformerait la RDC en un pays « doté d’une nouvelle constitution tous les cinq ou dix ans ». Il a évoqué la mémoire des « treize parlementaires » qui, à l’époque de Mobutu, s’étaient élevés contre la concentration des pouvoirs, et a rappelé les paroles du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya en 2016 : « les médiocres dégagent ». Son verdict final est sans appel : « la constitution congolaise est opérationnelle, elle est fonctionnelle. Le problème, c’est l’homme. »