Ousmane Sonko : L’évolution de son discours politique après la primature
COMMUNICATION POLITIQUE : OUSMANE SONKO

Le glissement sémantique

 

Depuis son départ de la Primature, Ousmane Sonko a opéré une transformation notable de son discours public. Désormais plus nuancé et moins combatif, le leader de Pastef semble adopter une posture d’homme d’État apaisé, cherchant à se défaire de son image d’antan.

 

« Pastef a atteint une phase de maturité », a récemment déclaré Ousmane Sonko à Diamniadio, lors du congrès de son parti. Cette affirmation s’accompagnait d’un appel direct à ses militants, souvent perçus comme virulents, à modérer leur comportement dans l’espace public. Il a insisté sur la nécessité de revoir la manière de s’exprimer, soulignant que le parti est observé par un large public, incluant des figures religieuses et des pères de famille. Les invectives et les insultes, a-t-il précisé, ne servent pas l’image du mouvement. Conscient de l’importance de l’exemplarité, l’ex-Premier ministre a lui-même adopté un ton plus pondéré dans ses récentes apparitions. L’on s’interroge sur une potentielle métamorphose de la part du président de Pastef.

L’ancien chef du gouvernement n’a pas seulement défendu son bilan ou évoqué sa divergence avec le président Bassirou Diomaye Faye. Il a également esquissé les contours d’une nouvelle approche politique. Il semble désormais vouloir exercer le pouvoir différemment, depuis la tribune de l’Assemblée nationale, transformant ainsi une destitution en un nouveau tremplin pour son action.

Habituellement très offensif, Ousmane Sonko a profondément ajusté son langage depuis son départ de l’Exécutif. La question se pose : l’orateur des grands rassemblements serait-il en train de devenir un homme de compromis ? Le tribun passionné se transformerait-il progressivement en arbitre ? Cette évolution relève-t-elle d’une maturation politique ou d’une simple étape stratégique en vue des échéances futures ? Seul l’avenir apportera des réponses claires.

Une constante demeure : le leader de Pastef a montré une certaine flexibilité dans ses déclarations. Il peut adopter un certain discours le matin et nuancer, voire contredire, ses propos le soir, en fonction de l’objectif et de l’auditoire. Face aux journalistes, il a récemment affiché une grande mesure, pesant chaque mot. D’ordinaire très ferme sur des sujets comme la restructuration de la dette, il s’est montré cette fois plus nuancé. Interrogé sur sa position face à une éventuelle restructuration de la dette par l’exécutif, il a répondu : « Nos positions ne sont pas figées dans l’absolu. Nous analyserons la situation avec lucidité. »

Les contradictions et nuances dans le discours

L’essentiel, selon lui, résidera dans les propositions concrètes. « Une restructuration agressive, nous n’en avons jamais voulu. En tant que Premier ministre, je m’y suis toujours opposé car les conditions ne le justifiaient pas… En tant qu’ancien Premier ministre, je suis conscient des tensions actuelles. Nous évaluerons. Notre rôle n’est pas d’entraver. Mais si les solutions ne servent pas l’intérêt du Sénégal, nous ne les accepterons pas », a-t-il ajouté. Quand une journaliste a rappelé ses précédentes déclarations appelant à l’annulation de la dette, Ousmane Sonko a d’abord reculé, avant de s’embrouiller dans ses explications. « Vous évoquez la dette odieuse. Je l’ai utilisée une ou deux fois.

C’est toute une procédure. » Il a poursuivi de manière plus confuse : « Je n’avais pas tous les leviers. Lorsque je m’exprimais à certaines occasions, c’était en tant que chef de parti donnant son avis. N’oubliez pas non plus que j’étais un simple Premier ministre, et les pouvoirs du Premier ministre sont extrêmement limités dans ce pays. » Interrogé sur d’éventuelles discussions avec le Président à ce sujet, il a répondu : « Nous n’en avons jamais discuté. Nous avons toujours été en phase concernant la dette. Jusqu’à notre dernière conversation, il a réaffirmé que la position n’avait pas changé. » Il est ensuite revenu sur ses pas, semblant vouloir assumer sa position sur la dette odieuse.

« Cette dette est en partie odieuse, c’est un fait. Il faut du courage politique pour porter ce débat. En tant qu’acteur politique, je l’ai affirmé à plusieurs reprises. J’espère que l’exécutif actuel prendra ses responsabilités pour avancer dans ce sens et négocier l’annulation d’une portion de la dette… » La journaliste l’a alors interrompu pour lui demander pourquoi il n’avait pas agi en ce sens lorsqu’il était Premier ministre. La réponse d’Ousmane Sonko fut laconique et peu convaincante : « Cela a été proposé, cela a été proposé. » Il est important de noter que la dernière fois qu’Ousmane Sonko a évoqué la dette odieuse, c’était à l’Assemblée nationale, le 22 mai dernier, lors des questions d’actualité. Il s’exprimait alors en sa qualité de Premier ministre, et non de chef de parti.

De plus, pour une des rares fois, le président de l’Assemblée nationale a fait mention d’une « restructuration sauvage ». Auparavant, il se contentait de rejeter catégoriquement toute idée de restructuration. Qu’est-ce qui a donc changé ? Le leader dissimule-t-il ses intentions ? La question est pertinente. Sur le sujet de l’homosexualité, Ousmane Sonko a montré plus de clarté. Il a maintenu ses positions, tout en rappelant des faits qu’il semblait parfois omettre. L’ancien Premier ministre a souligné que l’incrimination de l’homosexualité existe depuis le régime de Senghor et que des arrestations avaient eu lieu avant l’ère Pastef. Plus encore, il a justifié sa position avec des arguments qui contrastent avec sa communication antérieure. Face aux questions des journalistes, il a déclaré : « Les arrestations sont intervenues avant le vote de la loi de durcissement. Elles sont parties de deux éléments : la pratique de l’homosexualité associée à la transmission volontaire du VIH.

La presse occidentale semble vouloir ignorer ce second aspect, pourtant crucial. » Pourtant, quelques jours auparavant à l’Hémicycle, il relatait des échanges avec un de ses ministres, où il semblait assumer pleinement la répression : « L’autre jour, j’ai discuté avec un de mes ministres. Il disait : oui, l’objectif est de briser la chaîne de transmission du VIH. Je lui ai dit non. L’objectif principal est de mettre fin à la prolifération du phénomène », avait-il alors fulminé. Ces propos avaient d’ailleurs été largement exploités par ses opposants.

L’apôtre de la paix

Sur un autre plan, concernant le président de la République Bassirou Diomaye Faye, le leader de Pastef évite les déclarations incendiaires, une tendance observée depuis un certain temps. Il refuse même le terme « trahison », estimant qu’il relève du domaine affectif et moral. Ousmane Sonko aspire désormais à incarner le « politiquement correct ». Il ne considère pas non plus qu’il y ait une querelle entre lui et le chef de l’État, mais plutôt de simples divergences politiques.

Ce changement d’orientation et de stratégie de communication avait déjà été amorcé par Ousmane Sonko à Diamniadio. Pour lui, Pastef, en tant que parti mature, doit être irréprochable à tous égards. « Pastef est un parti d’idées, de science, de programme… Montrez que vous êtes une jeunesse bien formée, intellectuelle, intelligente, citoyenne. Ne cédez pas à la provocation. La seule stratégie qui leur reste est de tenter de reproduire ce qui s’est passé entre 2021 et 2024… » Selon Ousmane Sonko, le camp adverse, manquant de légitimité, cherche uniquement à les pousser à la confrontation pour ensuite les dépeindre comme un parti belliqueux et conflictuel. « Ne tombez pas dans ce piège », avait-il mis en garde.

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economie