Niger : Semaine noire pour le CNSP entre mutinerie à Niamey et raids du JNIM aux portes de la capitale

La semaine écoulée a été l’une des plus éprouvantes pour le régime militaire nigérien depuis le coup d’État de juillet 2023. Entre une mutinerie sanglante à la base aérienne 101 de Niamey et des attaques jihadistes coordonnées à moins de dix kilomètres du centre du pouvoir, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) voit le spectre sécuritaire se resserrer de toutes parts.
Nuit de violence à la base 101 : des soldats nigériens s’affrontent
Dans la nuit du 28 au 29 août, un affrontement interne d’une rare intensité a éclaté au sein de la base aérienne 101, située à Niamey. Ce site stratégique abrite des avions de combat et des éléments du bataillon de sécurité et de renseignement (BSR). Selon des sources sécuritaires concordantes, des unités des forces spéciales, épuisées par des déploiements répétés sur les fronts du nord et de l’ouest, se sont opposées à la Garde présidentielle, appuyée par des instructeurs russes d’Africa Corps. Les échanges de tirs, d’une violence inouïe, ont causé la mort d’au moins 43 soldats nigériens, un bilan extrêmement lourd pour une confrontation en dehors des zones de combat habituelles.
Raids meurtriers du JNIM dans la région de Tillabéri
Alors que le pouvoir tentait de reprendre la main sur la base mutinée, la situation s’est dégradée dans le nord-ouest du pays. Les 2 et 3 septembre, des éléments du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) ont lancé des incursions coordonnées contre plusieurs localités de la région de Tillabéri, notamment Darbani, Diamballa, Namarigoungou et Zibane, dans la commune d’Anzourou. Le bilan est lourd :
- Diamballa : la panique provoquée par l’arrivée des assaillants a conduit à la mort par noyade de deux fillettes, qui tentaient de traverser une mare voisine. Un habitant a également été blessé par balle.
- Namarigoungou : un civil a été exécuté et le village a été pillé, notamment ses troupeaux.
- Zibane (Anzourou) : le 3 septembre, l’assaut a fait six morts parmi les civils, tandis qu’un membre d’une milice locale d’autodéfense a été tué dans la riposte. Des centaines de têtes de bétail ont été emportées par les insurgés dans ces trois secteurs.
Une attaque à dix kilomètres de Niamey, signe d’une pression accrue
Le fait le plus inquiétant pour le CNSP est sans doute l’attaque du poste de gendarmerie de Komba, le 2 septembre à l’aube. Situé sur l’axe menant à Namaro, ce poste se trouve à seulement dix kilomètres de la capitale. Cette incursion a contraint l’armée à établir des barrages et à fermer temporairement la circulation sur la route nationale, près du 3ᵉ pont de Niamey. L’événement survient quelques jours seulement après la libération par les autorités nigériennes de 20 combattants du JNIM, dans le cadre d’un échange avec des otages. Cette décision, qui visait à apaiser la situation, montre que le groupe jihadiste conserve une capacité de nuisance directe sur les accès de la ville.
Discours officiel et réalité du terrain : le fossé se creuse
Face à cette accumulation de crises, la communication officielle, relayée par les médias d’État, continue d’attribuer la déstabilisation à des ingérences étrangères et à des coalitions hostiles. Cependant, la simultanéité de la mutinerie à la base 101 et de l’attaque de Komba révèle un décalage grandissant entre le discours souverainiste et une réalité où les pertes humaines, tant militaires que civiles, s’alourdissent dangereusement.