Niger : quand les milices censées protéger tuent leurs propres civils
Niger : quand les milices censées protéger tuent leurs propres civils
Dans la région de Tillabéri, au Niger, le village de Doungouro a été le théâtre d’une double tragédie le lundi 4 mai 2026. Une attaque terroriste de l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS) a coûté la vie à quatre civils. Mais c’est l’intervention des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) de Kokorou qui a transformé cette journée en cauchemar. Sous prétexte de traquer les terroristes, ces miliciens ont massacré 28 civils, souvent identifiés par le port d’un turban. Bilan final : 32 morts. Une question s’impose désormais : jusqu’où la junte nigérienne tolérera-t-elle ces exactions ?
une attaque éclair et son bilan macabre
À l’aube du 4 mai 2026, le marché hebdomadaire de Doungouro s’apprêtait à s’animer. Mais avant même l’ouverture des étals, des hommes lourdement armés de l’État Islamique au Grand Sahara ont fait irruption. Leur objectif ? Semer la terreur et s’emparer des ressources locales. En quelques minutes, quatre civils ont été exécutés sommairement. Les terroristes ont ensuite pillé le bétail disponible avant de disparaître en direction de la frontière malienne. Une opération aussi rapide que meurtrière, révélant une fois de plus les failles de la sécurité dans la zone des trois frontières.
les VDP : de la protection à la folie meurtrière
L’arrivée des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) de Kokorou n’a fait qu’aggraver la tragédie. Contrairement à leur mission initiale, ces miliciens, surnommés localement DomolLeydi, ont ciblé indistinctement les habitants portant un turban. Pour eux, ce simple vêtement traditionnel suffisait à désigner un présumé terroriste. Résultat : 28 civils, dont des commerçants venus de Téra, ont été abattus sans discernement. Un survivant a rapporté que les VDP tiraient sur tout ce qui bougeait, sans distinction ni vérification. Une véritable exécution de masse.
un système sécuritaire à l’origine de nouvelles violences
L’incident de Doungouro illustre les dangers d’une stratégie sécuritaire reposant sur des milices citoyennes mal encadrées. Officiellement reconnus, les VDP opèrent souvent dans un vide juridique et opérationnel. Sans supervision militaire stricte, ces groupes sombrent dans des dérives communautaires, comme le profilage ethnique ou vestimentaire. Depuis le coup d’État, les autorités incitent les populations à se défendre elles-mêmes. Pourtant, armer des civils sans leur inculquer le respect des droits humains revient à semer les graines de nouveaux conflits. La junte, qui dénonce régulièrement les ingérences étrangères, reste étrangement silencieuse face aux exactions de ses propres supplétifs.
les conséquences d’une stratégie à haut risque
En ciblant des commerçants et des forains, les VDP ne font qu’alimenter un cercle vicieux. Les populations marginalisées, se sentant abandonnées par l’État, se tournent vers les groupes armés pour obtenir protection. Pour le Niger, cette approche est contre-productive. Une victoire contre le terrorisme ne peut passer par la répression aveugle de ses propres citoyens. Le gouvernement de transition doit impérativement mener une enquête indépendante sur les événements de Doungouro et sanctionner les responsables des exécutions sommaires. Il est urgent de repenser le rôle des VDP en interdisant toute intervention sans la supervision directe des forces régulières. La fin du profilage basé sur l’ethnie ou les vêtements traditionnels est également indispensable pour restaurer la confiance des populations.
Sans ces mesures, Doungouro restera un symbole des dérives d’une stratégie sécuritaire qui, au lieu de protéger, tue. Les familles des 32 victimes méritent des réponses. Ces morts ne sont pas des dommages collatéraux : ils sont les victimes d’une politique à la dérive.