Mali : le Colonel Goïta cumule pouvoir et Défense après l’échec de Kidal
Un pouvoir concentré à Bamako : une stratégie risquée
En s’attribuant officiellement le poste de ministre de la Défense, en sus de ses fonctions de Chef de l’État, le Colonel Assimi Goïta parachève le processus d’hyper-concentration des pouvoirs à Bamako. Cette décision, loin d’être un simple ajustement institutionnel, révèle une stratégie militaire en difficulté et une chaîne de commandement fragilisée. Entre la perte de Kidal face au JNIM et à la CMA/FLA et les résultats mitigés du partenariat avec la Russie, le Mali s’enfonce dans une crise sécuritaire sans précédent.
Koulouba au cœur de toutes les décisions
À Bamako, la dynamique politique et sécuritaire converge désormais vers le palais de Koulouba. En cumulant la présidence et le ministère de la Défense, Assimi Goïta ne se limite plus à définir les orientations stratégiques : il en devient l’acteur opérationnel principal. Cette centralisation extrême alimente les doutes au sein même de l’entourage du pouvoir. Pour les observateurs de la sous-région, ce choix reflète une méfiance croissante envers les relais traditionnels.
Dans un contexte de transition prolongée, cette accumulation de mandats soulève une question cruciale : comment un seul homme peut-il assumer simultanément la gestion de l’État, la diplomatie régionale et les enjeux tactiques d’une guerre asymétrique ? En éliminant les contre-pouvoirs ministériels, le Colonel Goïta s’expose davantage. Désormais, chaque revers militaire pèsera directement sur ses épaules, transformant ses échecs en fiascos personnels.
Kidal : l’effondrement d’un symbole de souveraineté
Il y a encore quelques mois, les autorités maliennes célébraient avec emphase la « reconquête » de Kidal, présentée comme un symbole de la souveraineté retrouvée. Pourtant, la réalité a rapidement balayé ces illusions. La ville, verrou stratégique du Nord, est retombée sous le contrôle des groupes armés, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA/FLA).
Ce revirement n’est pas uniquement symbolique : il est tactiquement dévastateur. La reprise de Kidal par les insurgés démontre l’incapacité des forces maliennes à consolider leurs avancées, malgré les annonces répétées d’une armée en progression. L’absence d’administration civile et le vide sécuritaire ont permis aux djihadistes et aux indépendantistes de s’y réimplanter rapidement. Le JNIM, en particulier, a perfectionné ses méthodes, isolant les garnisons et coupant les axes logistiques, réduisant les victoires de Bamako à des succès éphémères.
Le partenariat russe : une alliance sécuritaire en question
Le deuxième pilier de la stratégie de Goïta repose sur l’engagement des paramilitaires russes, désormais regroupés sous l’appellation Africa Corps. Bien que ce partenariat ait été présenté comme une alternative souveraine à l’influence française, ses résultats concrets peinent à convaincre.
Les instructeurs russes, bien que déployés sur les fronts les plus critiques, privilégient une logique de répression systématique qui, loin de stabiliser les zones, alimente les tensions et radicalise les populations locales. Les signalements de violations des droits humains se multiplient, offrant un terreau propice au recrutement djihadiste. Pire encore, l’efficacité opérationnelle de ces forces est remise en cause : les colonnes de l’armée malienne tombent avec une facilité déconcertante dans des embuscades meurtrières. Dans un contexte où le Kremlin est lui-même enlisé dans son conflit ukrainien, peut-il apporter au Mali l’appui aérien et technologique indispensable pour contrer la mobilité du JNIM ? Les doutes s’accumulent.
L’isolement diplomatique du Mali : un pari risqué
Cette crise sécuritaire s’inscrit dans un isolement diplomatique croissant. En quittant la CEDEAO pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES), Bamako a choisi la voie de l’autonomie, mais au prix d’une coopération régionale affaiblie.
Les frontières sahéliennes, par nature poreuses, ne connaissent pas de limites face au terrorisme. En se coupant des mécanismes de collaboration sous-régionale, le Mali se prive de renseignements essentiels et de soutiens logistiques cruciaux. Aux yeux des capitales voisines, le cumul des mandats par Goïta est perçu comme un durcissement autoritaire, rendant le dialogue encore plus complexe. Résultat : Bamako se retrouve dans une posture paradoxale, où la quête de souveraineté par la force s’accompagne d’une dépendance accrue envers des acteurs extérieurs opaques et une gouvernance ultra-centralisée.
Vers l’enlisement ? Les défis futurs du Mali
Le tableau est sombre pour les populations du Centre et du Nord. Malgré les changements de leadership et les alliances géopolitiques réinventées, l’insécurité progresse de manière inexorable. Les attaques contre les convois civils et militaires se banalisent, plongeant le pays dans une spirale de violence.
Le nouveau « Président-Ministre de la Défense » mise tout sur une stratégie hasardeuse. Si la situation ne s’améliore pas rapidement, le mécontentement social, actuellement contenu par une répression accrue, pourrait éclater violemment. L’histoire africaine regorge d’exemples où la concentration excessive du pouvoir a précédé des crises majeures. Pour éviter un effondrement, le Mali doit impérativement repenser sa stratégie globale : les solutions purement militaires et les partenariats avec des acteurs mercenaires ont montré leurs limites.
Une gouvernance inclusive, couplée à une véritable stratégie de réoccupation sociale des territoires, s’impose. Sans cela, l’épée d’Assimi Goïta risque de s’émousser face à la résilience des groupes armés. L’heure n’est plus aux discours belliqueux, mais à un réalisme politique urgent. Car derrière les postures et les insignes, c’est l’existence même de l’État malien qui se joue sur les dunes du Nord.