Niger : l’inquiétant bilan d’Amnesty International sur la répression militaire
Un an et demi après le renversement du président Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, le régime militaire nigérien, dirigé par le CNSP, renforce son autorité par des méthodes de plus en plus coercitives. Un récent rapport d’Amnesty International, publié en mars, dresse un constat alarmant : arrestations arbitraires, musellement de la presse et suspension des libertés politiques sont devenus la norme au Niger. Intitulé « Niger. Menacés et mis au pas », ce document met en lumière une dégradation brutale de l’espace civique entre juillet 2023 et début 2025.
Alors que la junte avait initialement justifié son coup de force par des promesses de meilleure gouvernance et de sécurité accrue, elle semble s’être engagée dans une voie opposée. Les voix discordantes, qu’il s’agisse d’anciens membres du gouvernement ou de simples citoyens, subissent une pression constante, accentuant les fractures au sein de la population nigérienne.
Le pays s’inscrit désormais dans une dynamique régionale de rupture. À l’instar du Mali et du Burkina Faso, le Niger a rejoint l’Alliance des États du Sahel (AES), actant son divorce avec la CEDEAO, la France et l’Union européenne. En mars 2025, Niamey a également officialisé son retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), rejetant les appels internationaux à la libération de l’ancien président.
Un cadre juridique au service de l’autoritarisme
Le général Abdourahamane Tiani avait pourtant assuré, lors de sa prise de pouvoir, que les droits fondamentaux seraient préservés. Aujourd’hui, Amnesty International dénonce une trahison de ces engagements. La suspension de la Constitution de 2010 a laissé place à un gouvernement par ordonnances, concentrant tous les pouvoirs entre les mains des militaires.
Le recours à la loi de 2019 sur la cybercriminalité permet désormais de sanctionner lourdement toute critique en ligne sous couvert de lutte contre la diffamation ou le trouble à l’ordre public. Plus grave encore, une nouvelle réglementation sur le terrorisme autorise le fichage de suspects, entraînant le gel de leurs biens et, dans certains cas, la déchéance de leur nationalité. Hamid Ngadé, ancien conseiller présidentiel, figure parmi les premières victimes de cette mesure qui menace de créer des apatrides au cœur du Sahel.
La société civile et les médias sous haute tension
Le CNSP a instauré un climat de suspicion généralisée, divisant les citoyens entre « patriotes » et « apatrides ». Les services de renseignement sont accusés de mener des campagnes d’arrestations musclées. Le cas de Moussa Tchangari, figure de la société civile arrêtée en décembre 2024, illustre cette volonté de neutraliser toute contestation organisée. Accusé d’apologie du terrorisme, il encourt une lourde peine de prison.
La liberté d’informer est, elle aussi, en sursis. Après avoir suspendu RFI, France 24 et la BBC, les autorités ont pris le contrôle de la Maison de la presse à Niamey. Les journalistes locaux, tels que Soumana Maïga ou Ousmane Toudou, font face à des poursuites judiciaires, parfois devant des tribunaux militaires. La militante Samira Sabou a également été la cible de procédures basées sur ses publications numériques.
Face à cette menace permanente, l’autocensure gagne du terrain. Les professionnels de l’information craignent désormais chaque mot publié, tandis que les sources préfèrent se murer dans le silence. Le Niger semble s’éloigner durablement d’un retour à l’ordre constitutionnel, d’autant que les récentes assises nationales préconisent une transition de cinq ans, ouvrant la porte à une candidature des militaires au pouvoir.