Le sentiment de déception ressenti à Kansas City dépassera sans doute celui de São Paulo. Douze ans après leur confrontation en huitièmes de finale du Mondial, la Suisse a de nouveau cédé face à l’Argentine, non sans avoir livré une bataille footballistique d’une intensité rare.
Les buts de Julian Alvarez (112e) et Lautaro Martinez (120e+1) sont venus briser les espoirs d’une équipe qui, sans un fait de jeu controversé – l’expulsion d’Embolo survenue juste après l’égalisation de Dan Ndoye (67e) – aurait pu créer l’exploit. À cet instant précis, l’optimisme régnait quant à la capacité de la Suisse à renverser l’Argentine. Cependant, l’Albiceleste, habituée aux scénarios miraculeux, poursuit sa quête d’un second sacre consécutif.
Bien avant ce dénouement cruel, la Suisse avait pourtant abordé la rencontre avec une belle énergie. Mais après seulement dix minutes, l’Argentine avait déjà pris les devants. Le coupable ? Nul autre que Lionel Messi, dont le corner magistralement tiré a trouvé la tête d’Alexis Mac Allister. Malgré les efforts de Djibril Sow, titulaire sous les ordres de Murat Yakin, il a manqué quelques centimètres pour empêcher le milieu argentin de tromper Gregor Kobel (10e).
La Suisse, une domination progressive
Privée de Johan Manzambi, la formation de Yakin a d’abord peiné à se montrer offensive, rappelant sa performance en huitième face à la Colombie. À la pause, un seul tir cadré était à son actif malgré une nette possession de balle : une frappe de Sow aux abords de la surface, facilement maîtrisée par Emiliano Martinez (20e). La seule véritable alerte pour l’Albiceleste fut une poussette de Lisandro Martinez sur Embolo, non sanctionnée d’un penalty (31e).
Le second acte a transformé le visage du match. La Suisse est revenue des vestiaires avec une ambition renouvelée, devenant franchement dominatrice et enfin dangereuse. Profitant des espaces offerts par les Argentins, elle a mis à l’épreuve les réflexes de Martinez. Deux têtes d’Embolo furent d’abord bien captées par le portier argentin (60e/65e), suivies d’une frappe lointaine et rasante de Xhaka (66e).
C’est finalement Dan Ndoye qui a apporté la lumière. Servi par Xhaka sur le flanc gauche, le Vaudois a parfaitement combiné avec Ricardo Rodriguez. Après un une-deux incisif, il a ajusté Martinez du pied droit (67e). L’égalisation suisse était amplement méritée.
L’expulsion et les larmes d’Embolo
Alors que la Suisse semblait avoir le vent en poupe, un coup du sort est venu briser son élan. L’action paraissait anodine : au milieu de terrain, Embolo chute après un contact avec Leandro Paredes, qui reçoit un avertissement. Mais la simulation de l’attaquant bâlois, qui avait initié son plongeon avant le contact, n’a pas échappé à l’œil de la VAR. Cette dernière, autorisée à alerter l’arbitre en cas de carton jaune erroné, a incité M. Pinheiro à revenir sur sa décision. Embolo fut sanctionné pour simulation. Or, le numéro 7 avait déjà été averti en première période. Le verdict : carton rouge.
Dévasté, Embolo a quitté la pelouse en larmes, consolé par ses coéquipiers. Ce carton rouge était d’autant plus cruel qu’Amdouni s’apprêtait à entrer en jeu pour le remplacer. Mais le changement n’a pu être effectué, et la Suisse a dû finir la partie à dix.
Malgré cette infériorité numérique, l’équipe a tenu bon pendant trente minutes, s’organisant en 5-3-1 pour arracher les prolongations. Durant cette période, les Argentins ont eu deux grosses opportunités : un tir du droit de Messi frôlant le poteau de Kobel (90e+2) et une frappe de Lisandro Martinez bien captée par le gardien suisse (90e+9).
Alvarez libère le stade argentin
Héroïque, la Suisse a résisté encore vingt-cinq minutes en prolongation, avant de finalement céder. Il a fallu un but splendide de Julian Alvarez pour percer la défense et battre un Kobel qui avait retardé l’échéance jusque-là. Alvarez a logé le ballon dans la lucarne suisse, faisant exploser de joie les dizaines de milliers de supporters argentins et brisant le rêve de toute une nation. Martinez a ensuite inscrit le troisième but sur une ultime contre-attaque.
Malgré cette élimination, le bilan de la Suisse reste positif. L’équipe a atteint son objectif : réaliser la meilleure Coupe du Monde de son histoire. Atteindre les quarts de finale en remportant deux matches à élimination directe était une performance inédite. La prochaine étape, tout aussi exigeante, sera de consolider sa position parmi les huit meilleures équipes mondiales.