Mauritanie : une diplomatie d’équilibre face aux tensions autour du Sahara occidental
Illustration des relations entre Mauritanie, Sénégal et Maroc

Un incident diplomatique survenu à Dakar en juillet 2026 a braqué les projecteurs sur la stratégie mauritanienne concernant le Sahara occidental. Entre neutralité positive, contraintes économiques et préservation de sa souveraineté, Nouakchott navigue sur une ligne de crête, entre respect du Maroc et allégeances historiques.

L’incident de Dakar : un révélateur des tensions régionales

Lors d’une réception organisée par l’ambassade du Maroc à Dakar pour la présentation d’un ouvrage, les propos de l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, ont déclenché une crise diplomatique. En évoquant la proximité géographique entre le Maroc et le Sénégal, sous-entendant une continuité territoriale précoloniale, Gadio a provoqué l’ire du représentant mauritanien, Mohamed Ould Abdellahi Ould Ethmane. Ce dernier a immédiatement interrompu le discours, dénonçant une tentative de « révisionnisme historique » effaçant l’existence même de la Mauritanie.

Bien que l’ambassadeur marocain, Hassan Naciri, ait joué les médiateurs pour apaiser les tensions, cet épisode a mis en lumière la position délicate de la Mauritanie. Comment concilier présence à un événement célébrant la marocanité du Sahara tout en revendiquant une neutralité absolue dans ce conflit vieux de plus de cinq décennies ?

Les réactions mauritaniennes ne se sont pas faites attendre. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Isselmou Ahmed Izidbih, a réagi avec fermeté sur les réseaux sociaux. Dans un message publié sur Facebook, il a exigé que Cheikh Tidiane Gadio soit déclaré persona non grata dans l’espace aérien, maritime et terrestre mauritanien.

La Mauritanie entre deux feux : RASD et Maroc

Cette scène dakaroise illustre les contradictions d’une politique étrangère mauritanienne devenue, par nécessité, un art de l’équilibre. D’un côté, Nouakchott reconnaît officiellement la République arabe sahraouie démocratique (RASD) depuis 1984. Elle entretient des relations régulières avec le Front Polisario et préserve ses liens avec l’Algérie, acteur clé pour sa stabilité au nord.

De l’autre, la Mauritanie évite soigneusement d’accorder le statut d’ambassade à la représentation sahraouie sur son sol. Une concession majeure faite au Maroc, qui considère toute reconnaissance formelle de la RASD comme une provocation. En participant aux commémorations officielles marocaines, Nouakchott envoie un signal de respect à son voisin septentrional, tout en veillant à ne pas réveiller les vieux démons du « Grand Maroc » qui incluaient autrefois son territoire.

Guerguerat : l’économie au cœur de la stratégie mauritanienne

Au-delà des symboles et des déclarations, c’est l’argument économique qui guide la diplomatie mauritanienne. Le poste-frontière de Guerguerat, à la frontière entre le Sahara occidental et la Mauritanie, est devenu le poumon vital d’un commerce transfrontalier florissant.

Chaque jour, des centaines de camions en provenance du Maroc traversent cette zone pour approvisionner les marchés mauritaniens, sénégalais et maliens en denrées alimentaires et produits manufacturés. Nouakchott ne peut se permettre de bloquer ce flux essentiel à son économie et à la stabilité de ses approvisionnements. En facilitant ces échanges, la Mauritanie valide de fait le contrôle opérationnel marocain sur ce territoire, sans pour autant le reconnaître officiellement.

Une neutralité calculée pour survivre

Pour les analystes de la région, cette politique du « ni avec ni contre » n’est pas une indécision, mais une stratégie de survie. Coincée entre un Maroc expansionniste sur le plan économique et une Algérie attentive à ses intérêts géopolitiques, la Mauritanie ne peut se permettre de prendre parti sans risquer des représailles économiques ou une déstabilisation de ses frontières.

L’incident provoqué par Cheikh Tidiane Gadio rappelle que cette neutralité, aussi subtile soit-elle, reste hautement inflammable. Dès que l’identité ou l’intégrité territoriale de la Mauritanie semble menacée par les ambitions de ses voisins, Nouakchott réaffirme avec force son rôle de pivot indispensable et souverain au cœur de l’équilibre maghrébin.