Maroc : une croissance résiliente face aux mutations de l’économie mondiale
Alors que de nombreux pays peinent à retrouver leur dynamisme d’avant la pandémie, le Maroc se distingue par une performance économique remarquable. Depuis 2022, les activités non agricoles affichent une croissance annuelle moyenne de 4,4 %, dépassant de 1,3 point leur moyenne historique. Cette performance permet au Royaume de compenser progressivement les pertes subies durant la crise sanitaire.
Cette résilience s’explique en grande partie par une stratégie d’investissement public sans précédent. Avec un taux d’investissement proche de 30 % du PIB, le Maroc figure parmi les économies les plus dynamiques de sa catégorie. Les grands projets d’infrastructures, de transport et d’énergie, ainsi que la préparation de la Coupe du monde 2030, ont joué un rôle clé dans cette reprise. Cependant, cette dépendance à l’État révèle une fragilité structurelle : une partie des équipements nécessaires étant importée, les retombées profitent davantage aux fournisseurs étrangers qu’au tissu productif national, maintenant un déficit commercial persistant malgré des secteurs exportateurs performants.
une croissance tirée par les services et le tourisme
Contrairement aux idées reçues, le moteur de la reprise marocaine ne repose pas uniquement sur l’industrie manufacturière ou automobile. Le secteur tertiaire, en particulier le tourisme, s’impose comme le principal levier de croissance. Avec près de 20 millions de visiteurs, le tourisme, couplé aux transports, à la logistique, aux services financiers et à l’ingénierie, concentre une part majeure de la création de valeur. Le bâtiment bénéficie également de cette dynamique, porté par les grands chantiers d’infrastructures, tandis que l’agriculture reste soumise aux aléas climatiques, notamment la sécheresse.
le Maroc, un acteur clé de la nouvelle géographie économique mondiale
Les auteurs du rapport soulignent que le Royaume profite d’une transformation profonde de l’économie mondiale. Les tensions entre les grandes puissances, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les stratégies de diversification industrielle poussent les entreprises internationales à rechercher des plateformes de production plus proches des marchés européens et africains. Dans ce contexte, le Maroc renforce son attractivité.
Les investissements chinois dans les batteries électriques, comme ceux de Gotion High-Tech à Kénitra ou de CNGR à Jorf Lasfar, illustrent cette nouvelle dynamique industrielle. Le pays s’affirme progressivement comme un « État connecteur », capable de relier les chaînes de valeur entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie grâce à sa stabilité politique, ses infrastructures logistiques et ses accords commerciaux.
des fondamentaux économiques solides, mais des défis persistants
La crédibilité économique du Maroc repose sur des indicateurs macroéconomiques robustes : stabilité financière, amélioration progressive des finances publiques, réserves de change confortables et baisse du risque souverain. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger soutiennent la consommation intérieure, tandis que l’amélioration des termes de l’échange limite les effets inflationnistes des chocs extérieurs.
les limites d’un modèle de croissance encore fragile
Malgré ces atouts, le rapport met en garde contre les fragilités du modèle actuel. Une croissance aussi soutenue que celle observée aujourd’hui ne peut reposer indéfiniment sur un investissement public toujours plus important. Trois défis majeurs se posent : l’endettement public, la baisse du rendement des investissements et les difficultés persistantes du secteur privé à prendre le relais.
Les auteurs soulignent qu’il faut aujourd’hui davantage de capital qu’au début des années 2000 pour générer un même point de croissance, signe d’une efficacité décroissante. Le secteur privé, freiné par l’accès limité au financement, la concurrence du secteur informel et l’absorption des ressources bancaires par les investissements publics, peine à innover et à gagner en productivité.
vers une transformation économique durable
Le rapport propose une vision innovante : si l’industrialisation a longtemps été le moteur du développement des pays émergents, certains services exportables, comme le tourisme, les technologies de l’information, les services numériques ou les activités de conseil, peuvent désormais devenir des leviers de transformation économique. Pour cela, ils doivent être intégrés aux chaînes de valeur internationales et générer des emplois qualifiés.
Le Maroc se trouve aujourd’hui à un « moment charnière ». Les opportunités offertes par la conjoncture internationale, la stabilité du pays et son positionnement stratégique ne suffisent pas à elles seules à garantir une croissance durable. Les réformes structurelles du marché du travail, du système éducatif, de l’innovation et de l’environnement des affaires seront déterminantes pour convertir cette position avantageuse en prospérité à long terme.
En résumé, le Maroc dispose d’atouts majeurs pour s’imposer comme un acteur incontournable de l’économie mondiale. La question n’est plus tant de savoir s’il peut attirer davantage d’investissements, mais plutôt de déterminer s’il saura transformer cette position en un levier de développement durable et inclusif.