Maroc à l’ONU : l’autonomie du Sahara au cœur des garanties internationales
Lors d’un séminaire international organisé à New York, Omar Hilale et des spécialistes internationaux ont analysé des modèles d’autonomie territoriale, en lien avec la résolution 2797 du Conseil de sécurité.
Un séminaire onusien sous le signe des modèles comparés
La Mission permanente du Maroc auprès des Nations Unies a accueilli, le 1er juillet 2026, un séminaire dédié aux garanties de mise en œuvre des accords d’autonomie territoriale. Réunissant des universitaires et des experts, cette rencontre s’est penchée sur des expériences internationales variées : Rapa Nui (Île de Pâques), la Polynésie française, les îles Åland et le Haut-Badakhchan.
Un contexte diplomatique marqué par la résolution 2797
Omar Hilale, ambassadeur et représentant permanent du Maroc à l’ONU, a ouvert les débats en soulignant l’importance de ce séminaire dans un contexte exceptionnel. La récente adoption de la résolution 2797 par le Conseil de sécurité a en effet marqué un tournant historique, reconnaissant sans ambiguïté le plan d’autonomie marocain comme la seule base viable pour une solution politique négociée et acceptable par toutes les parties.
Le diplomate a rappelé que cette résolution s’inscrit dans un élan international grandissant, avec le soutien de plus de 130 États membres de l’ONU, dont trois membres permanents du Conseil de sécurité : les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.
Pour M. Hilale, cette dynamique s’explique aussi par les avancées tangibles observées dans les provinces du Sud marocain. Infrastructures modernes, énergies renouvelables, enseignement supérieur, santé, investissements massifs, projet de data center à Dakhla et futur port atlantique : autant de réalisations concrètes qui illustrent la viabilité du plan d’autonomie. Ce dernier n’est pas un simple slogan politique, mais un projet de gouvernance intégré, doté de garanties constitutionnelles, institutionnelles et démocratiques.
L’autonomie, un enjeu de garanties et de participation
Le thème central du séminaire, « Dans une autonomie négociée, il n’y a pas de valeur si cette autonomie n’est pas garantie », a servi de fil conducteur aux discussions. L’initiative marocaine prévoit en effet que les populations du Sahara gèrent leurs affaires locales à travers des organes législatifs, exécutifs et judiciaires dotés de compétences propres.
Des comparaisons internationales pour éclairer le modèle marocain
Marc Finaud, conseiller principal au Centre de politique de sécurité de Genève, a rappelé que l’initiative marocaine déposée en 2007 ne vise pas à se substituer aux négociations onusiennes, mais à les éclairer par des comparaisons internationales.
Plusieurs experts ont présenté des modèles d’autonomie, chacun avec ses spécificités et ses limites, permettant de dégager des enseignements pour le Sahara.
L’expérience de Rapa Nui : l’importance de la consultation locale
Diego Muñoz, chercheur, a analysé le cas de Rapa Nui, territoire chilien marqué par un processus d’autonomie inachevé. Malgré des décennies de discussions, cette expérience illustre les défis d’un statut non abouti. Le chercheur a souligné que la consultation des populations concernées constitue un pilier essentiel, renforçant l’intérêt des mécanismes prévus par l’initiative marocaine, qui associent représentation locale, consultation et garanties institutionnelles.
Autonomie administrative ou politique : l’exemple polynésien
Sémir Al Wardi, professeur de science politique, a distingué deux formes d’autonomie. La Polynésie française, par exemple, bénéficie d’une autonomie principalement administrative, tandis que la Nouvelle-Calédonie dispose d’un pouvoir législatif. Selon lui, l’initiative marocaine se révèle plus généreuse que le modèle français, en prévoyant un pouvoir législatif pour le Sahara. Cette approche s’apparente à certains modèles européens, comme ceux de l’Espagne ou du Royaume-Uni.
L’universitaire a également mis en lumière l’importance des ressources financières pour une autonomie effective. Sans moyens suffisants, une région ne peut exercer pleinement ses compétences. L’autonomie, a-t-il conclu, permet à une région d’affirmer son identité tout en restant intégrée à un État.
Les îles Åland : un modèle de garanties constitutionnelles
Heikki Mattila, professeur à la School for International Training, a présenté l’expérience des îles Åland, territoire autonome de Finlande. Ce statut, né d’une crise historique, repose sur plusieurs garanties : protection de la langue suédoise, limitation de l’acquisition foncière par les non-résidents, compétences propres, régime fiscal, représentation locale, neutralisation et démilitarisation. Les lois d’autonomie bénéficient d’une protection quasi constitutionnelle, ne pouvant être modifiées qu’à travers une procédure renforcée impliquant la région.
Le chercheur a insisté sur la nécessité d’un partage clair des compétences et d’une certaine flexibilité pour permettre l’évolution du statut. Des mécanismes institutionnels de contrôle, comme l’examen des lois régionales par la Cour suprême finlandaise, garantissent la pérennité de l’autonomie.
Le Haut-Badakhchan : quand l’autonomie reste théorique
Dagikhudo Dagiev, chercheur, a analysé le cas du Haut-Badakhchan au Tadjikistan. Bien que constitutionnellement reconnu, ce territoire autonome souffre d’une autonomie largement limitée dans les faits, en raison d’une centralisation excessive, de la nomination directe des responsables régionaux par le pouvoir central et de l’absence de compétences exclusives. Cette expérience montre qu’un statut d’autonomie ne suffit pas s’il reste « sur le papier ».
En comparaison, l’initiative marocaine propose des garanties concrètes : ancrage constitutionnel, ressources fiscales, mécanismes de règlement des différends, protection contre toute remise en cause unilatérale et accompagnement international. Selon le chercheur, ces éléments renforcent la crédibilité d’un statut d’autonomie durable et évolutif.
Les leçons d’un séminaire international
En conclusion, Marc Finaud a souligné les enseignements communs tirés des différentes expériences : l’inscription constitutionnelle du statut, l’existence d’un accord international, la définition précise des compétences, la disponibilité de ressources propres, les mécanismes de règlement des différends et la protection contre toute remise en cause unilatérale.
Autant d’éléments qui, dans le cas marocain, renforcent la crédibilité d’une autonomie appelée à s’inscrire dans la durée, tout en répondant aux besoins évolutifs des populations concernées.