Mali : la junte renforce son contrôle en muselant la société civile
Une série d’interdictions ciblées contre les voix critiques
Au Mali, la dissolution récente de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM) par le ministre de l’Administration territoriale illustre une stratégie délibérée de répression contre les acteurs de la société civile. Selon les autorités, cette association aurait été impliquée dans des incidents violents au sein des établissements scolaires et universitaires, ainsi que dans des affaires de trafic d’armes, de stupéfiants et de fonds illicites entre 2017 et 2018.
L’AEEM rejoint ainsi une liste déjà bien fournie de structures dissoutes en moins de quatre mois. Parmi elles, la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko, accusée de saper la stabilité nationale en prônant un retour au pouvoir civil par le biais d’élections. D’autres organisations comme le parti Kaoural Renouveau ou l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance ont également subi le même sort, sous des prétextes variés allant de la diffamation à la menace pour l’ordre public.
Un durcissement sans précédent depuis le coup d’État de 2021
Depuis le coup d’État militaire qui a porté la junte au pouvoir en 2021, les mesures coercitives se multiplient. Les autorités maliennes ciblent désormais non seulement la dissidence pacifique, mais aussi l’opposition politique et les médias, réduisant drastiquement l’espace civique. Un exemple marquant : la disparition forcée, début mars, du colonel Alpha Yaya Sangaré, un lanceur d’alerte ayant dénoncé des exactions commises par l’armée malienne dans un ouvrage récent.
La Commission nationale des droits de l’homme du Mali a tiré la sonnette d’alarme en publiant un communiqué dénonçant une tendance systémique à la dissolution ou suspension d’organisations, mettant en péril les libertés d’association et d’expression. Ces inquiétudes ont été relayées par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui a exprimé ses craintes quant à l’érosion des droits fondamentaux au Mali.
Un appel à la restauration des libertés fondamentales
Alors que le pays approche de la troisième année sous un régime non élu, la nécessité de préserver un espace civique et politique devient cruciale. Les citoyens doivent pouvoir s’exprimer, s’organiser et manifester librement. Les organisations dissoutes devraient être immédiatement rétablies, et les autorités maliennes sont appelées à respecter leurs engagements en matière de droits de l’homme et de démocratie.
L’avenir du Mali dépend de sa capacité à garantir un environnement où la diversité des opinions et la transparence sont non seulement tolérées, mais encouragées.