Le retour des Dogons déplacés à Bankass : entre espoir et contraintes au Mali
L'accord passé avec les terroristes du Jnim impose des règles strictes aux habitants<span class="copyright">Nicolas Remene/Le Pictorium/MAXPPP/dpa/picture alliance</span> » decoding= »async » data-nimg= »fill » class= »object-cover object-center » style= »position:absolute;height:100%;width:100%;left:0;top:0;right:0;bottom:0;color:transparent » src= »https://s.yimg.com/ny/api/res/1.2/RfbpLTZFKmTbM22.USysZQ–/YXBwaWQ9aGlnaGxhbmRlcjt3PTEyNDI7aD02OTk7Y2Y9d2VicA–/https://media.zenfs.com/fr/deutsche_welle_fr_953/8eb93059fffa267382e5b1c2a1b53bc1″><button aria-label=

Au cœur du Mali, dans le cercle de Bankass, une lueur d’espoir se dessine pour des milliers de Dogons déplacés. Ces populations, contraintes de fuir leurs foyers par l’insécurité, ont entrepris de regagner leurs villages d’origine. Ce retour, tant attendu, est le fruit d’accords locaux négociés entre les communautés villageoises et le Jnim, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, une entité affiliée à Al Qaïda, marquant un tournant dans la dynamique sécuritaire de la région.

Si ces ententes permettent aux habitants de retrouver leurs maisons et de reprendre leurs activités agricoles, elles s’accompagnent néanmoins de conditions strictes imposées par les groupes djihadistes. Parmi celles-ci figurent l’obligation pour les femmes de porter le voile et l’interdiction formelle de l’enseignement de type occidental dans les écoles locales, redéfinissant ainsi le cadre de vie des communautés.

Des contraintes vestimentaires et éducatives strictes

Les termes de ces accords locaux dictent des règles précises concernant les codes vestimentaires et les pratiques religieuses. Les hommes sont notamment tenus d’adopter des pantalons courts, tandis que les écoles républicaines sont fermées, bannissant de fait toute forme d’éducation occidentale. Le port du voile est également devenu une exigence incontournable pour les femmes, modifiant profondément les habitudes sociales et culturelles.

En échange de ces concessions, les villageois, majoritairement issus des communautés Peules et Dogons, peuvent désormais vaquer à leurs occupations quotidiennes. La reprise des activités champêtres et pastorales est cruciale, d’autant plus que la saison pluvieuse a débuté au Mali en juin, offrant une opportunité vitale pour la subsistance des familles.

Un retour semé d’incertitudes pour les familles

Un éducateur du village de Bare Darsalam, situé dans le cercle de Bankass, a témoigné de son expérience sous couvert d’anonymat. Après sept années d’exil forcé par le conflit, il a pu retourner dans son village, mais sans sa femme ni ses enfants. Il exprime ses interrogations quant à l’avenir de l’éducation et aux nouvelles normes vestimentaires imposées par le Jnim.

« Notre école a été entièrement détruite par les groupes armés terroristes lors de notre déplacement en 2019. Ils ont tout saccagé. Même si on nous proposait de la reconstruire immédiatement, nous ne serions pas prêts. Nous avons repris nos activités grâce aux assurances du maire de Bankass. Concernant les pantalons courts, nous n’avons pas encore adopté cette pratique. De même, nous ne sommes pas revenus avec nos épouses, en attendant de clarifier la question du port du voile islamique ou d’autres directives similaires. »

La relance agricole, un signe d’apaisement

Allaye Guindo, maire de la commune urbaine de Bankass, a confirmé l’impact positif de ces accords locaux sur le retour des déplacés. Il souligne que de nombreuses personnes ont pu regagner leurs localités abandonnées.

« Grâce aux accords signés, les habitants reviennent dans toutes les zones désertées. Treize villages accueillent actuellement leurs ressortissants, incluant deux villages de Kani Bozon, un de la commune rurale de Dimbal, et le reste appartenant à la commune de Bankass. Les pluies sont là, et beaucoup de ceux qui sont revenus ont déjà commencé à cultiver leurs champs en toute sécurité. La satisfaction est générale. »

Ces accords, qui régissent la cohabitation, stipulent que les autorités coutumières et les notables locaux doivent se conformer aux règles édictées par les groupes armés terroristes. L’application de la charia, la loi islamique, constitue la pierre angulaire de cette collaboration forcée avec les communautés villageoises, façonnant ainsi un nouveau quotidien pour les habitants de Bankass.