Le Cameroun face au défi d’un retour au fédéralisme


Un système politique au cœur des tensions
Le Cameroun, depuis son indépendance, oscille entre unité nationale et aspirations régionales. La question du fédéralisme resurgit régulièrement, portée par des revendications persistantes dans les zones anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ces régions, anciennement sous administration britannique, dénoncent un centralisme perçu comme oppressif et réclament une plus grande autonomie.
Un dialogue national sous haute tension
En 2019, le gouvernement camerounais a tenté de désamorcer la crise en organisant un Dialogue national à Yaoundé. Sous la présidence du Premier ministre Joseph Dion Ngute, cette rencontre visait à apaiser les tensions et proposer des solutions structurelles. Pourtant, l’absence remarquée de figures majeures de la rébellion a rapidement douché les espoirs d’une résolution rapide.
Les séparatistes, notamment les leaders des mouvements indépendantistes, ont boycotté l’événement, estimant que les discussions ne mèneraient à aucune avancée concrète. Leur refus de participer a mis en lumière l’écart persistant entre les attentes des populations locales et les propositions gouvernementales.
Les figures historiques, entre héritage et modernité
Le débat sur le fédéralisme au Cameroun ne peut ignorer le rôle des présidents qui ont façonné le pays. Ahmadou Ahidjo, premier président après l’indépendance, avait initialement opté pour un système fédéral avant de le remplacer par un régime unitaire en 1972. Cette décision reste un sujet de controverse, certains y voyant une trahison des promesses faites aux régions anglophones.
Quarante ans plus tard, Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, incarne la continuité d’un système centralisé. Son refus de réformer en profondeur la gouvernance territoriale a alimenté les frustrations, notamment dans les zones anglophones où la marginalisation économique et politique est souvent pointée du doigt.
Quelles perspectives pour une refonte du système ?
La question du fédéralisme divise. Pour ses partisans, il offrirait une meilleure répartition des ressources et une reconnaissance des spécificités culturelles. Ses détracteurs craignent, au contraire, une fragmentation du pays et une perte de cohésion nationale.
Des voix s’élèvent pour proposer un modèle hybride, combinant autonomie régionale et solidarité nationale. Mais sans une volonté politique forte et un compromis réel avec les acteurs locaux, les solutions restent hypothétiques. Le Cameroun se trouve ainsi à un carrefour : celui d’une refonte institutionnelle qui tarde à se concrétiser.