Ibrahim traoré rejette la démocratie au Burkina Faso et annonce un nouveau modèle politique
Le capitaine Ibrahim Traoré prône un système politique sans démocratie au Burkina Faso
Lors d’une intervention télévisée diffusée le jeudi soir, le chef de l’État burkinabé, Ibrahim Traoré, a déclaré sans ambiguïté que le Burkina Faso devait « oublier la démocratie ». Cette prise de position radicale survient alors que le pays traverse une période de profonde transformation politique depuis le coup d’État de 2023.
Le capitaine Traoré, qui se présente comme un leader révolutionnaire luttant contre l’impérialisme occidental, a affirmé que la démocratie n’était « pas faite pour nous ». Il a ajouté que la majorité des Africains ne souhaitaient pas adopter ce système politique, tout en précisant que le Burkina Faso avait sa propre voie à suivre.
Un engagement initial non tenu : le report de la transition démocratique
En 2023, après avoir renversé le président élu Roch Marc Christian Kaboré, Traoré s’était engagé à rétablir l’ordre démocratique d’ici juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette date butoir, la junte militaire a annoncé une prolongation de cinq ans de son mandat, repoussant ainsi toute perspective de retour à la normale constitutionnelle.
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de suspension des activités politiques. En janvier 2026, les autorités burkinabè ont en effet dissous tous les partis politiques, transférant leurs biens à l’État. Une mesure présentée comme nécessaire à la « reconstruction nationale ».
Une vision politique radicalement différente
Traoré a développé sa critique de la démocratie lors de l’interview, affirmant que « partout où [les puissances occidentales] ont tenté d’imposer la démocratie, cela a toujours conduit à des conflits sanglants ». Il a cité l’exemple de la Libye, où la chute de Mouammar Kadhafi, après des décennies de régime autoritaire, a plongé le pays dans le chaos politique et territorial.
Le dirigeant burkinabé a également dénoncé les partis politiques, les qualifiant de « sources de division » et de « dangers pour le projet révolutionnaire ». Selon lui, « un vrai homme politique au Burkina Faso incarne tous les vices : menteur, flatteur, beau parleur ». Il a présenté son alternative comme un système fondé sur la souveraineté, le patriotisme et la mobilisation révolutionnaire.
« Nous avons notre propre approche. Nous ne copions personne. Nous voulons tout changer », a-t-il déclaré. Ce nouveau modèle mettrait l’accent sur les chefs traditionnels et les structures locales, tout en prônant une autonomie économique et militaire renforcée.
Un modèle économique exigeant : des journées de travail plus longues pour rattraper le retard
Traoré a insisté sur la nécessité d’une mobilisation totale de la population. Il estime que des journées de travail de six ou huit heures ne suffiront pas à permettre au Burkina Faso de combler son retard face aux nations plus prospères. Son discours reflète une volonté de rupture radicale avec les pratiques politiques et économiques traditionnelles.
Un soutien continental malgré les critiques internationales
Malgré une répression accrue contre l’opposition, les médias et la société civile, Traoré bénéficie d’un large soutien en Afrique grâce à son discours panafricaniste et sa critique de l’influence occidentale. Son positionnement s’aligne sur ceux des dirigeants militaires du Mali et du Niger, avec lesquels il a rompu les collaborations militaires avec la France pour se tourner vers la Russie.
Cependant, la sécurité au Burkina Faso reste précaire. Selon un rapport de Human Rights Watch, plus de 1 800 civils ont péri depuis l’arrivée au pouvoir de Traoré en 2023. L’organisation attribue les deux tiers de ces morts à l’armée et aux milices pro-gouvernementales, le reste étant imputé aux groupes djihadistes.
Cette situation soulève des questions sur l’efficacité de la stratégie militaro-politique du capitaine Traoré, alors que les violences persistent dans la région du Sahel.