Ibrahim traoré : le Burkina Faso doit tourner la page de la démocratie
Le leader du Burkina Faso estime que la démocratie n’est pas adaptée à son pays

Lors d’une interview télévisée diffusée ce jeudi soir, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État burkinabé, a tenu des propos sans équivoque : « Les Burkinabè doivent oublier la démocratie. Ce système ne nous convient pas ». Ces déclarations interviennent alors que son gouvernement, au pouvoir depuis trois ans, a récemment prolongé son mandat de cinq années supplémentaires, repoussant ainsi l’échéance d’un retour à l’ordre constitutionnel initialement prévu pour juillet 2024.
Une vision politique radicalement opposée à la démocratie
Le capitaine Traoré, figure de proue de la junte militaire, a développé une critique acerbe du système démocratique, le qualifiant de « source de divisions » et de « danger » pour la stabilité du pays. Il a comparé la situation actuelle à celle de la Libye, évoquant l’exemple du colonel Kadhafi comme modèle de gouvernance alternative, malgré les conséquences dramatiques qu’a connues ce pays après sa chute.
« Partout où les puissances occidentales imposent la démocratie, cela ne mène qu’à des conflits », a-t-il affirmé, renforçant ainsi sa rhétorique anti-occidentale. Cette position s’inscrit dans une stratégie plus large de rejet des institutions traditionnelles et de promotion d’un nouveau modèle politique fondé sur la souveraineté nationale et le patriotisme.
La fin des partis politiques au profit d’un système révolutionnaire
Depuis le début de l’année, les autorités ont dissous l’ensemble des partis politiques, jugeant ces structures « incompatibles avec le projet révolutionnaire » en cours. Traoré a justifié cette décision en qualifiant les hommes politiques traditionnels de « menteurs » et de « manipulateurs », incapables selon lui de servir les intérêts du peuple burkinabé.
« Nous avons notre propre approche. Nous ne copions personne. Notre objectif est de transformer radicalement la manière dont les choses fonctionnent au Burkina Faso », a-t-il déclaré. Ce discours s’accompagne d’un appel à l’autonomie économique et militaire, avec des journées de travail intensives pour accélérer le développement du pays. « Travailler six ou huit heures par jour ne suffira pas à combler notre retard », a-t-il souligné.
Un soutien continental malgré les controverses
Malgré les critiques internationales et les accusations de répression envers l’opposition, les médias et la société civile, Traoré bénéficie d’un soutien croissant en Afrique pour son discours panafricaniste et son opposition à l’influence occidentale. Son gouvernement a rompu les coopérations militaires avec les pays occidentaux, notamment la France, pour se tourner vers la Russie dans la lutte contre les groupes armés islamistes qui menacent la région depuis plus d’une décennie.
Cependant, les violences persistent. Selon un rapport récent, plus de 1 800 civils ont été tués depuis le coup d’État de 2023, dont deux tiers attribués aux forces armées burkinabè et aux milices alliées. Les groupes jihadistes sont responsables du reste des victimes.
Cette situation place le Burkina Faso dans une dynamique similaire à celle de ses voisins, le Mali et le Niger, qui ont également rompu avec l’Occident et adopté une posture de résistance face aux groupes armés. Malgré ces alliances stratégiques, la sécurité dans la région reste précaire, sans amélioration notable des conditions de vie des populations locales.