Guerre économique au Sahel : l’expansion des groupes armés vers l’afrique de l’ouest
La guerre économique au Sahel prend une ampleur sans précédent en 2025, alors que les groupes armés jihadistes étendent leur influence bien au-delà de la région historique du Sahel. Cette escalade menace directement la stabilité des régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, tout en s’immisçant désormais dans les zones frontalières du Bénin, du Niger et du Nigeria.
chiffres clés : l’impact dévastateur des violences
Entre janvier et novembre 2025, les violences politiques ont causé la mort de plus de 10 000 personnes au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Parallèlement, les enlèvements de ressortissants étrangers ont atteint un niveau record : 30 cas documentés, principalement au Mali (22) et au Niger (8).
Le Bénin, quant à lui, enregistre une hausse alarmante de 70 % des décès liés aux conflits par rapport à la même période en 2024, selon les données ACLED.
stratégies d’affaiblissement économique : l’arme des groupes jihadistes
Les groupes comme Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique de la province du Sahel (EIPS) ont fait de la guerre économique leur principale stratégie pour déstabiliser les États de la région. Au Mali, le JNIM a imposé un embargo total sur les carburants et les transports dans les villes de Kayes et Nioro du Sahel, paralysant les échanges entre Bamako et les régions environnantes. Cette mesure a provoqué des pénuries de carburant et une flambée des prix à l’échelle nationale, affaiblissant davantage l’autorité du gouvernement militaire.
Au Burkina Faso, le JNIM a mené des offensives ciblées contre l’armée et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). En mai 2025, le groupe a brièvement capturé les capitales provinciales de Djibo et Diapaga, démontrant une capacité militaire accrue. En septembre, une embuscade meurtrière près de Koubel-Alpha a coûté la vie à une centaine de soldats, illustrant l’évolution des tactiques jihadistes.
Au Niger, bien que moins touché, la situation se dégrade avec une extension des activités jihadistes vers le sud (régions de Dosso et Agadez) et des attaques contre l’oléoduc Bénin-Niger, perturbant les flux économiques essentiels.
l’extension vers l’afrique de l’ouest : une menace régionale
L’année 2025 marque un tournant avec l’expansion des conflits vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. Le Bénin, en particulier, subit une intensification des attaques transfrontalières depuis le Burkina Faso. En avril, le JNIM a mené une opération meurtrière dans le parc W, faisant plus de 50 morts parmi les militaires. D’autres attaques ont suivi dans le département du Borgou, près de la frontière avec le Nigeria, signalant une avancée vers le sud.
L’EIPS, quant à lui, renforce sa présence dans le sud-ouest du Niger, notamment près de la ville de Gaya à la frontière avec le Bénin, et étend ses opérations dans les États de Sokoto et Kebbi au Nigeria. Les zones frontalières entre le Niger et le Nigeria deviennent un théâtre de violences accrues, avec des attaques contre des villages, des postes de sécurité et des infrastructures critiques.
Cette convergence des conflits sahéliens et nigérians crée un environnement interconnecté, où les groupes armés (JNIM, EIPS, Ansaru, etc.) se chevauchent et interagissent de plus en plus. Les régions frontalières, autrefois considérées comme stables, sont désormais des zones de compétition intense entre les factions armées.
conséquences pour les régimes militaires et la population
Les régimes militaires du Sahel, malgré leurs promesses de rétablir la sécurité, voient leur autorité s’éroder rapidement. Le JNIM et l’EIPS contestent désormais la souveraineté sur de vastes territoires ruraux, où ils imposent leur propre ordre social, taxent les populations et contrôlent l’accès aux moyens de subsistance. Leur influence s’étend même aux grands centres urbains, autrefois considérés comme à l’abri des violences.
Les groupes d’autodéfense locaux, comme les Dozo au Mali ou les VDP au Burkina Faso, sont sous une pression sans précédent. Beaucoup ont été désarmés ou contraints de négocier avec les jihadistes, laissant les communautés sans protection. Les pertes militaires et les reculs territoriaux alimentent un mécontentement croissant envers les juntes, risquant de déclencher de nouvelles crises politiques.
La situation est d’autant plus préoccupante que les partenariats militaires avec des acteurs extérieurs, comme le groupe Afrique Corps (remplaçant du groupe Wagner), n’ont pas suffi à inverser la tendance. Leur rôle se limite désormais à la sécurisation des convois de carburant et des axes logistiques, sans pouvoir endiguer la progression jihadiste.
perspectives pour 2026 : vers une instabilité accrue ?
Les dynamiques actuelles laissent présager une année 2026 encore plus instable pour le Sahel. La fragmentation territoriale, l’affaiblissement des États et la montée des violences pourraient déclencher des crises politiques en cascade, menaçant la stabilité de toute la région. Si les tendances actuelles persistent, les pays du Sahel pourraient connaître une période de profonde instabilité, avec des répercussions sur les nations voisines.
La guerre économique au Sahel n’est plus un phénomène local, mais une menace régionale qui exige une réponse coordonnée et renforcée des pays africains et de la communauté internationale.