La CEDEAO reste en alerte maximale face à l’instabilité politique qui frappe l’Afrique de l’Ouest, région marquée depuis 2020 par une succession de coups d’État au Sahel, en Guinée et désormais au Bénin.

Alors que plusieurs juntes militaires au Burkina Faso, au Niger et au Mali rejettent l’influence de l’ancienne puissance coloniale française, le Bénin fait figure d’exception. Malgré une tentative de putsch ce week-end, le président Patrice Talon affirme que la situation est « totalement sous contrôle ». Pourtant, les affrontements entre mutins et forces loyalistes ont fait plusieurs victimes dans la capitale économique, Cotonou.

Les autorités béninoises ont bénéficié du soutien du Nigeria, dont les frappes aériennes ont permis de reprendre la base militaire de Togbin, où s’étaient retranchés les putschistes. Des troupes nigérianes sont également intervenues au sol pour sécuriser la zone.

Une réponse régionale coordonnée face à l’instabilité

Dès dimanche soir, la CEDEAO a annoncé l’envoi de renforts militaires issus de quatre pays membres afin de « préserver l’ordre constitutionnel ». Le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, a qualifié la situation de « crise majeure », évoquant à la fois la menace jihadiste et la multiplication des coups d’État dans la région.

Une douzaine de militaires impliqués dans la tentative de coup d’État ont été arrêtés, mais leur chef, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, ainsi que d’autres complices, restent en fuite. Parmi les otages libérés figurent deux hauts gradés : le chef d’état-major de l’armée de terre, Abou Issa, et celui de la garde nationale, Faïzou Gomina.

Patrice Talon à l’aube de la présidentielle

Le président Patrice Talon, en fonction depuis 2016, doit quitter le pouvoir en avril prochain après avoir épuisé ses deux mandats constitutionnels. Bien que salué pour ses réalisations économiques, son passage est critiqué pour un « virage autoritaire », selon ses opposants. Son dauphin, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est donné favori pour l’élection présidentielle, mais le principal parti d’opposition, les Démocrates, en est exclu faute de parrainages suffisants.

L’ancien président Thomas Boni Yayi (2006-2016), toujours influent au sein des Démocrates, a fermement condamné la tentative de putsch. Il a exigé des « élections libres et transparentes », soulignant que les scrutins sont devenus un « facteur d’instabilité » dans la sous-région. Omar Alieu Touray a également pointé une « érosion de l’inclusivité électorale » dans plusieurs États de la CEDEAO.

La situation au Bénin illustre ainsi les défis politiques et sécuritaires auxquels fait face l’Afrique de l’Ouest, alors que la CEDEAO tente de préserver la stabilité régionale malgré les crises internes.

Le président béninois Patrice Talon, en 2022.
Le président béninois Patrice Talon, en 2022. © LUDOVIC MARIN / AFP