Libreville — Les autorités gabonaises accentuent leur lutte contre les flux financiers illicites, un enjeu devenu central dans la stratégie nationale de gouvernance.
Deux rencontres stratégiques, menées par le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, puis par le ministre de la Justice, Augustin Emane, avec André Kanga, secrétaire permanent du Groupe d’action contre le blanchiment en Afrique centrale (GABAC), ont confirmé cette orientation. Ces échanges s’inscrivent dans la préparation du troisième cycle d’évaluation des mécanismes nationaux, un processus qui dépasse désormais la simple conformité réglementaire pour évaluer leur efficacité réelle.
Un engagement salué sur la scène régionale
Ces discussions surviennent dans un contexte où les États de la CEMAC renforcent leurs dispositifs anti-blanchiment, face à une criminalité financière toujours plus inventive. Les standards internationaux, notamment ceux du Groupe d’action financière (GAFI), imposent désormais des exigences accrues en matière de détection et de confiscation des avoirs illicites. Le GABAC a reconnu les avancées du Gabon, saluant ses réformes juridiques et institutionnelles, et lui a même réservé une place de choix : une participation au segment de haut niveau de sa quinzième session plénière, prévue le 3 octobre à N’Djamena.
Cette invitation marque un tournant. Le troisième cycle d’évaluation ne se contentera plus de vérifier la présence de lois, mais évaluera leur application concrète, leur impact et leur capacité à produire des résultats tangibles en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
L’évaluation qui changera tout
André Kanga a insisté sur l’importance de ce cycle, soulignant que les mécanismes de recouvrement des avoirs illicites seront au cœur des critères d’évaluation. Les discussions avec le ministre de la Justice, Augustin Emane, ont permis d’aborder les préparatifs techniques nécessaires pour que le Gabon se présente sous son meilleur jour. Pour ce dernier, cette opportunité représente à la fois un honneur et une responsabilité majeure, dans une sous-région où les trafics transfrontaliers et les économies parallèles menacent la stabilité financière.
Le Gabon s’est engagé à renforcer la coopération judiciaire et financière avec ses voisins, une nécessité dans un espace où les menaces criminelles ne connaissent pas de frontières. Le GABAC, en tant qu’instrument d’harmonisation, joue un rôle clé en accompagnant les réformes nationales et en facilitant les échanges d’informations entre autorités compétentes.
Une crédibilité économique à gagner
Pour le Gabon, cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large : restaurer la confiance des investisseurs et sécuriser l’accès aux financements internationaux. Sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics est devenue un pilier de la refonte de la gouvernance publique. L’objectif ? Renforcer la transparence et la crédibilité des institutions, tout en sécurisant les ressources nécessaires au développement économique.
Les prochains mois seront décisifs. Le troisième cycle d’évaluation constituera un véritable test pour le Gabon, évaluant non seulement sa conformité aux normes, mais aussi sa capacité à traduire ces normes en actions concrètes. Les résultats influenceront durablement la perception du pays auprès des partenaires internationaux et des investisseurs.
Dans un monde où la réputation financière d’un État conditionne son attractivité, la lutte contre les flux illicites dépasse le cadre juridique : elle devient un levier de souveraineté, de stabilité et de compétitivité. Le Gabon semble avoir saisi cette réalité, prêt à relever ce défi avec détermination.
