Ébola : 2 000 morts en RDC, une crise sanitaire hors de contrôle

ébola : 2 000 morts en RDC, une crise sanitaire hors de contrôle

Responsable sanitaire
Soignants en discussion dans un centre médical de Bunia

Le dernier bilan de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) est accablant : 2 011 décès confirmés sur 4 381 cas recensés, selon les dernières données officielles. Les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme, avertissant que cette crise pourrait bien devenir la plus dévastatrice de l’histoire du pays.

Le rythme des décès s’accélère dangereusement : il a fallu moins de trois semaines pour que le bilan passe de 1 000 à plus de 2 000 morts, alors que les neuf premières semaines n’en avaient comptabilisé que la moitié. Cette accélération brutale révèle l’incapacité actuelle à endiguer la propagation du virus, malgré les efforts déployés.

Plusieurs obstacles majeurs entravent la lutte contre l’épidémie : l’insécurité persistante due aux conflits armés, l’état déplorable des routes reliant les zones reculées, et les grèves répétées des personnels soignants, qui protestent contre le non-paiement de leurs salaires depuis le début de la crise.

Le Dr Jean-Marie Akandabo, en première ligne à Ituri, décrit un bilan « alarmant » et exhorte à intensifier les moyens de riposte dans les zones les plus touchées. Cette épidémie, la 17e en RDC, s’annonce déjà comme la plus grave jamais enregistrée dans le pays.

Sania Nishtar, directrice générale de l’alliance Gavi, n’hésite pas à qualifier cette flambée de possible « plus grande épidémie jamais observée » en RDC. Le taux de létalité actuel atteint 45,9 %, un chiffre bien supérieur aux 39,6 % enregistrés lors de la tragique épidémie d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, qui avait causé plus de 11 000 morts.

Déclaration de l’état d’urgence

Officiellement déclarée le 15 mai 2026, cette épidémie aurait en réalité débuté plusieurs mois plus tôt, dès le mois de février, selon les analyses de séquençage viral. Face à l’urgence, les autorités congolaises ont décrété l’état d’urgence sanitaire dans tout le pays.

Cette flambée présente une particularité inquiétante : elle est causée par le virus Bundibugyo, une souche rare pour laquelle aucun vaccin ni traitement n’a encore été homologué. Des essais cliniques ont tout de même été lancés dans la province d’Ituri, l’épicentre de l’épidémie, située dans l’est de la RDC.

La situation est d’autant plus critique que la propagation du virus dépasse largement la capacité de suivi des contacts exposés. Malgré l’extension des opérations de santé publique à cinq provinces de l’est, la transmission continue de s’étendre bien au-delà des cercles identifiés. Les grèves des agents de santé, en protestation contre les retards de paiement, aggravent encore les difficultés opérationnelles.

Discussion entre soignants au Centre médical évangélique de Bunia

Face à l’urgence, des experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont recommandé le lancement d’un essai clinique à grande échelle avec le vaccin Ervebo, déjà homologué contre une autre souche d’Ebola. Les données préliminaires suggèrent qu’il pourrait offrir une protection croisée contre le virus Bundibugyo, bien qu’aucun vaccin spécifique n’existe encore pour cette souche.

Actuellement, deux vaccins potentiels contre le virus Bundibugyo en sont aux premiers stades des essais cliniques chez l’humain, tandis qu’un troisième est en développement pour des tests initiaux. Le Dr Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, a résumé la situation : « Nous courons après le virus, qui a pris une avance considérable. »

Le virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976 près de la rivière Ebola (alors Zaïre), se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique sévère. Son taux de mortalité élevé et sa capacité à se propager rapidement en font l’un des pathogènes les plus redoutés au monde.