Crise au Mali : le Jnim accentue la pression sur Bamako et sabote Manantali

Au Mali, la situation se dégrade alors que le Jnim, mouvement jihadiste affilié à al-Qaïda, durcit son étau économique sur la capitale et ses alentours. Ces derniers jours, une série d’attaques ciblées a profondément perturbé les axes routiers et les infrastructures énergétiques du pays. Sur l’axe Ségou-Bamako, artère vitale pour l’approvisionnement de la ville, une dizaine d’autocars ont été réduits en cendres, tandis que des installations essentielles du barrage hydroélectrique de Manantali, situé dans la région de Kayes, ont été gravement endommagées.
Manantali, cœur battant de l’énergie malienne sous le feu
L’assaut contre Manantali n’est pas un simple coup d’éclat. Ce barrage, géré conjointement par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), représente un pilier du réseau électrique national. En détruisant ses lignes d’évacuation, le Jnim ne se contente pas de harceler les forces armées : il frappe directement la colonne vertébrale de l’économie urbaine malienne. Les conséquences sont immédiates : coupures de courant récurrentes, paralysie des hôpitaux, des usines et des commerces, alimentant un mécontentement croissant envers les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta.
Cette campagne de sabotage s’inscrit dans une stratégie plus large, marquée par le blocage systématique des convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Le mouvement jihadiste mise sur la pénurie pour fragiliser la légitimité du pouvoir en place, transformant les difficultés économiques en outil de pression politique. Bamako, jusqu’alors relativement épargnée, devient le terrain d’une guerre d’usure où chaque jour compte.
L’armée malienne en première ligne, mais sous tension
Face à cette offensive tous azimuts, l’armée malienne déploie des moyens considérables pour tenter de maintenir les flux logistiques. Des escortes militaires ont permis, ces derniers jours, l’arrivée à Bamako de plusieurs centaines de camions-citernes, soulageant temporairement les stations-service en manque. Pourtant, cette avancée reste fragile : chaque convoi représente un effort logistique colossal, et la sécurisation durable des routes nationales semble hors de portée à court terme.
Les Forces armées maliennes (FAMa) se retrouvent prises en tenaille. À l’ouest et au centre du pays, le Jnim multiplie les embuscades et les destructions de ponts ou de pylônes électriques. Plus au nord, dans la région de Kidal, la situation reste bloquée dans une impasse tendue, tandis que les tensions avec les groupes rebelles du Cadre stratégique permanent laissent présager de nouveaux affrontements. Le gouvernement malien doit ainsi gérer deux fronts simultanément, avec des ressources de plus en plus limitées.
Une crise qui dépasse les frontières du Mali
Le blocus imposé au Mali ne se limite plus à un conflit interne : ses répercussions s’étendent bien au-delà des frontières. Les pays voisins, notamment le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire, subissent de plein fouet le ralentissement des échanges commerciaux. Les ports de Dakar et d’Abidjan, vitaux pour le transit des marchandises vers l’arrière-pays sahélien, enregistrent une baisse significative de leur activité. La Confédération des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine à élaborer une réponse unifiée face à cette guerre économique menée par les groupes armés.
L’attaque contre Manantali soulève une autre préoccupation majeure : celle des infrastructures transfrontalières. Toute aggravation des dégâts pourrait impacter l’approvisionnement électrique du Sénégal et de la Mauritanie, faisant de cette crise un enjeu régional. Les partenaires internationaux, qu’ils soient bailleurs de fonds ou fournisseurs d’armes, se trouvent face à un dilemme : soutenir la souveraineté malienne ou protéger des installations critiques partagées, dont dépendent des millions de personnes.
Sur le terrain, le contraste est saisissant entre les annonces victorieuses de l’armée et la réalité d’un Bamako sous tension. Le Jnim ne se contente plus de contrôler des zones géographiques : il cherche à asphyxier un État. Les prochains jours s’annoncent décisifs, notamment autour de Kidal, où de nouveaux affrontements sont à craindre.