Cameroun : l’État renforce son contrôle sur l’électricité avec le rachat des parts de Globeleq
Le gouvernement camerounais accélère les négociations pour acquérir les 56 % détenus par le groupe britannique Globeleq dans deux centrales électriques clés du pays. Les discussions, en cours avec l’investisseur londonien, visent à racheter ses participations dans la Kribi Power Development Company (KPDC) et la Dibamba Power Development Company (DPDC). La valorisation estimée atteint près de 80 milliards de FCFA, soit environ 138 millions de dollars. Bien qu’aucune proposition officielle n’ait encore été soumise, les échanges laissent présager une finalisation avant la fin 2026.
Des infrastructures énergétiques vitales pour le Cameroun
Les deux centrales concernées jouent un rôle central dans l’approvisionnement électrique du pays. La centrale à gaz de Kribi, opérationnelle depuis 2013 dans le Sud, affiche une puissance de 216 mégawatts et alimente principalement le réseau interconnecté Sud, épicentre de la consommation nationale. Quant à la centrale thermique de Dibamba, située près de Douala, elle développe 88 mégawatts et intervient comme solution de secours lors des pics de demande ou en cas de défaillance des infrastructures hydroélectriques. Ensemble, ces sites représentent une part majeure de la capacité thermique camerounaise, dans un contexte où l’hydraulique domine mais reste vulnérable aux variations climatiques.
L’arrivée prochaine du barrage de Nachtigal, dont la mise en service complète est imminente, redistribue les cartes du mix énergétique. Les autorités ambitionnent de réorganiser les capacités thermiques existantes pour une gestion plus efficace. Le gaz de Kribi servirait de base stable, tandis que Dibamba interviendrait en appoint. La reprise du contrôle de ces actifs permettrait à l’État de mieux piloter les choix d’exploitation, de maintenance et de tarification.
Une manœuvre aux enjeux économiques et politiques majeurs
Globeleq, détenu par le fonds britannique CDC Group et le norvégien Norfund, s’est installé au Cameroun en 2014 après le rachat des parts d’AES. Ce retrait s’inscrit dans une tendance plus large où les producteurs indépendants d’électricité réévaluent leur portefeuille en Afrique, face à des cadres réglementaires changeants et à la volonté croissante des États de maîtriser leurs actifs stratégiques. Le Cameroun n’échappe pas à cette tendance, d’autant que le secteur électrique souffre de défis structurels persistants : santé financière précaire de la Sonatrel et retards de paiement envers les producteurs indépendants.
Le montant indicatif de 80 milliards de FCFA pose la question des modalités de financement. Les contraintes budgétaires de l’État, aggravées par le service de la dette et les engagements pris auprès du Fonds monétaire international, rendent le bouclage financier complexe. Plusieurs scénarios sont envisagés : recours à des bailleurs multilatéraux, émission d’obligations sur le marché de la Beac, ou intégration d’un partenaire technique. Le choix de la structure juridique influencera également les tarifs, dans un pays où les prix de l’électricité sont administrés et où toute augmentation risque de déclencher des tensions sociales.
Un test pour l’attractivité des investissements privés en Afrique centrale
Cette transaction dépasse le cadre camerounais : elle sera observée de près par les autres acteurs privés du secteur en Afrique subsaharienne. La capacité de Yaoundé à mener à bien ce rachat, à fixer une valorisation équitable et à garantir la continuité des opérations enverra un message fort aux fonds et développeurs impliqués dans des projets similaires au Gabon, au Congo ou en Côte d’Ivoire. À l’inverse, une sortie mal orchestrée ou un accord déséquilibré pourrait nuire à la crédibilité du Cameroun auprès des investisseurs privés, alors que les besoins en financement pour la production, le transport et la distribution restent colossaux.
Un calendrier ambitieux a été évoqué pour finaliser l’opération d’ici fin 2026. Les prochains mois seront décisifs pour résoudre les points clés, notamment la détermination du prix définitif et le devenir des contrats d’achat d’électricité en vigueur.