contexte et parcours de l’avocate Ini Benjamine Esther Doli
Maître Ini Benjamine Esther Doli, avocate inscrite au Tableau de l’Ordre des avocats du Burkina Faso depuis juillet 2024, est une figure engagée pour la défense des droits humains. Ancienne substitut du Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso et ancienne Commissaire du gouvernement au Tribunal administratif de Ouagadougou, elle a également œuvré au sein de la société civile pour promouvoir la justice et les libertés fondamentales.
Le 10 novembre 2025, lors d’une audience à huis clos, le tribunal de grande instance de Ouagadougou a condamné Maître Doli à un an de prison ferme pour « outrage au chef de l’État » (article 352-2 du Code pénal) et « entreprise de démoralisation des forces armées » (article 312-11 du Code pénal). Ces charges découlent de publications sur son compte Facebook, où elle critiquait ouvertement les violations des droits humains et les dysfonctionnements du système judiciaire burkinabè. Une amende de 1 000 000 F.CFA (environ 1 525 euros) a également été prononcée. Maître Doli a fait appel de cette décision mais reste détenue au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou, où elle bénéficie d’un accès à ses avocats, à sa famille et aux soins nécessaires.
enlèvement et contexte politique
Le 1er septembre 2025, Maître Doli a été enlevée à son domicile à Ouagadougou par des individus armés se présentant comme des membres de la gendarmerie nationale. Cet incident est survenu peu après son retour d’un voyage à l’étranger, où elle avait partagé sur Facebook un message critique envers le système politique actuel, comparant la situation actuelle aux idéaux révolutionnaires de feu Thomas Sankara. Ses dernières publications dénonçaient les entraves à la justice, les violences étatiques et les restrictions croissantes des libertés fondamentales au Burkina Faso.
Depuis son arrestation, Maître Doli a systématiquement utilisé ses réseaux sociaux pour alerter sur les violations des droits humains, notamment les enlèvements, les séquestrations et les intimidations ciblant les défenseurs des droits humains et les journalistes. Ses prises de position publiques mettaient en lumière les dysfonctionnements du système judiciaire, les lenteurs procédurales et les entraves à l’indépendance de la magistrature, tout en exigeant une protection renforcée pour ceux qui œuvrent à la défense des droits fondamentaux.
procédure judiciaire et contexte de répression
Dès le 4 septembre 2025, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina Faso avait été informé de l’ouverture imminente d’une procédure contre Maître Doli. Le 6 septembre, le procureur du Faso avait officiellement lancé une enquête pour « trahison » (article 311-2 du Code pénal), « outrage au chef de l’État » et « entreprise de démoralisation des forces armées », en réponse à ses publications. Cette procédure s’inscrit dans un contexte plus large de répression accrue des défenseurs des droits humains et des journalistes au Burkina Faso.
L’Observatoire rappelle que Maître Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du Balai citoyen, a été arrêté dans des conditions similaires en janvier 2024 pour des charges liées à « complot et association de malfaiteurs ». Toujours détenu à ce jour, il incarne également la répression systématique des voix critiques au Burkina Faso.
Plusieurs autres défenseurs des droits humains et journalistes ont disparu ou été enlevés ces derniers mois : Amadou Sawadogo (libéré en mai 2025), Miphal Ousmane Lankoandé (toujours porté disparu), ainsi que les journalistes Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo (libérés en juillet 2025). Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel L’Événement, reste porté disparu depuis juin 2024.
appel à l’action et revendications
L’Observatoire condamne fermement la condamnation et la détention arbitraire de Maître Ini Benjamine Esther Doli, soulignant que ces mesures visent à museler la liberté d’expression et à réprimer les activités légitimes de défense des droits humains. L’organisation exige :
- la libération immédiate et inconditionnelle de Maître Doli et de tous les défenseurs des droits humains arbitrairement détenus ;
- l’ouverture d’une enquête transparente sur les circonstances de son enlèvement et de sa détention ;
- le respect strict des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, conformément aux normes internationales et nationales.
Les autorités militaires au pouvoir au Burkina Faso sont appelées à garantir l’intégrité physique et psychologique de Maître Doli et de tous les défenseurs des droits humains, ainsi qu’à mettre un terme aux actes de harcèlement judiciaire.
comment agir ?
Nous vous invitons à écrire aux autorités suivantes pour exiger la libération immédiate de Maître Ini Benjamine Esther Doli et le respect des droits humains au Burkina Faso :
- Capitaine Ibrahim Traore, Président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration II (MPSR II) : @CapitaineIb22
- Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier Ministre du Burkina Faso : @J_E_Ouedraogo
- Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice, des Droits humains et des Relations avec les institutions : [email protected]
- Jean Marie Karamoko Traore, Ministre des Affaires Étrangères : [email protected] / @JeanMarieTraore
- Commission nationale des droits humains du Burkina Faso : [email protected] / @BurkinaCndhX
- Sabine Bakyono Kanzie, Mission permanente du Burkina Faso auprès de l’ONU à Genève : [email protected]
- Oumarou Ganou, Représentant permanent du Burkina Faso auprès de l’ONU à New York : [email protected]
- Mission Permanente du Burkina Faso auprès de l’Union africaine : [email protected]
N’hésitez pas à contacter également les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans votre pays.
Merci de bien vouloir partager cette alerte et d’informer l’Observatoire de toute action entreprise en indiquant le code BFA 003 / 0925 / OBS 054.1.