Africa corps, l’ombre russe qui remplace Wagner au Mali et au Sahel
Un week-end de combats intenses a bouleversé la donne au Mali. Samedi 25 avril, des groupes armés alliés aux rebelles touaregs ont lancé des offensives simultanées contre les positions tenues par la junte militaire à Bamako — où le ministre de la Défense, Sadio Camara, a trouvé la mort — ainsi que dans plusieurs villes stratégiques du pays.
Dans l’est malien, les insurgés ont repris le contrôle de Kidal, un carrefour essentiel pour la junte. Ce bastion, autrefois verrouillé par l’Africa Corps, une milice paramilitaire russe, est tombé après des heures d’affrontements et de négociations. Bien que contraints de quitter cette position, les combattants d’Africa Corps conservent une influence majeure au Sahel, bien au-delà des frontières du Mali.
Cette organisation, souvent décrite comme l’une des branches les plus discrètes de l’appareil militaire russe à l’étranger, a émergé publiquement en novembre 2023. Son existence a été révélée par un blogueur militaire, Deux Majors, sur Telegram, citant des propos d’Igor Korotchenko, ancien colonel et journaliste proche du Kremlin. Selon ces sources, Africa Corps serait directement supervisée par le vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov.
Son apparition coïncide avec le déclin du groupe Wagner, dont les fondateurs, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, ont péri dans un accident d’avion en août 2023 après avoir tenté de défier l’autorité de Vladimir Poutine. Wagner, actif depuis 2014, était chargé de défendre les intérêts russes en Afrique, mais son modèle autonome et ses méthodes controversées ont conduit Moscou à restructurer sa présence sur le continent.
Africa Corps se présente comme un successeur plus discret et plus contrôlé. « Ce groupe vise à absorber les activités et le personnel de Wagner en Afrique », expliquait en 2023 une source gouvernementale américaine. Contrairement à son prédécesseur, souvent pointé du doigt pour des exactions et des violations des droits humains, Africa Corps mise sur une approche plus institutionnelle, en offrant un soutien militaire et logistique aux régimes alliés de la Russie.
Des objectifs affichés et une idéologie controversée
Dès sa création, Africa Corps a affiché ses ambitions : mener des opérations militaires à grande échelle pour aider les États africains à se libérer de la « dépendance néocoloniale », expulser les influences occidentales et renforcer leur souveraineté. Igor Korotchenko, l’un de ses principaux porte-parole, a souligné cette vision lors de la présentation du groupe.
Le choix du nom n’est pas anodin. Africa Corps s’inspire de l’Afrikakorps, une unité allemande ayant combattu en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale, en référence directe au régime nazi. Une décision symbolique qui reflète la volonté de Moscou de marquer son retour sur le continent avec une force restructurée et idéologiquement alignée sur les intérêts russes.
Une expansion méthodique au Sahel et en Afrique du Nord
Depuis 2024, Africa Corps a progressivement remplacé Wagner au Mali, où elle déploie des centaines, voire des milliers de combattants. Plusieurs anciens cadres de Wagner ont rejoint ses rangs, apportant avec eux une partie de leurs troupes et de leur expertise. L’objectif ? Soutenir la junte malienne face aux rebelles touaregs et aux groupes djihadistes, tout en consolidant l’influence de Moscou dans la région.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte plus large : le retrait progressif des puissances occidentales, dont la France, du Sahel. Africa Corps profite de cette vacance pour étendre son emprise, non seulement au Mali, mais aussi au Burkina Faso, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Niger. Son rôle dépasse la simple sécurité : il s’agit aussi de sécuriser des routes migratoires stratégiques et d’accéder à des ressources minières vitales pour l’économie russe.
Malgré une présence moins brutale que celle de Wagner, Africa Corps n’échappe pas aux critiques internationales. En 2024, le Royaume-Uni a dénoncé des « violations généralisées des droits humains » et l’exploitation des ressources naturelles africaines au profit de Moscou. Ces accusations s’ajoutent à celles portées contre le groupe, qui reste sous surveillance étroite des organisations de défense des droits humains.
Africa Corps incarne ainsi un nouveau chapitre de la présence russe en Afrique, où Moscou cherche à renforcer son influence par des moyens plus discrets, mais tout aussi déterminés. Son retrait de Kidal ne marque pas la fin de son rôle, mais plutôt une adaptation à un environnement en constante mutation. Dans un Sahel en proie à l’instabilité, cette milice paramilitaire reste un acteur clé, dont les mouvements continueront d’être scrutés de près.