Africa corps : la nouvelle force russe qui étend son ombre au Mali et au Sahel

Africa Corps : la milice russe qui réorganise l’influence de Moscou au Sahel

Une page se tourne au Sahel. La milice Africa Corps, bras armé discret de Moscou en Afrique, a été contrainte de quitter Kidal, une position stratégique tenue depuis des années par ses combattants au Mali. Cet événement, survenu ce week-end, illustre à la fois la montée en puissance de cette organisation et les défis croissants auxquels elle est confrontée. Malgré ce revers, Africa Corps reste un acteur clé pour la Russie dans une région où l’influence occidentale recule.

Un week-end décisif pour l’Africa Corps au Mali

Le week-end dernier, des attaques coordonnées ont frappé Bamako et d’autres villes majeures du Mali. Parmi les cibles figuraient des positions tenues par des groupes alliés à la junte, dont celle du ministre de la Défense, tué lors de l’assaut. Dans le même temps, à l’est du pays, des rebelles touaregs ont repris le contrôle de Kidal, un territoire sous domination d’Africa Corps depuis près de deux ans. Après des heures de négociations et de combats, la milice a finalement accepté de se retirer, marquant un tournant dans la dynamique sécuritaire régionale.

Africa Corps : une création sous l’égide du Kremlin

Officiellement lancée en 2023, Africa Corps a été révélée au grand jour par des responsables proches du pouvoir russe. Igor Korotchenko, ancien colonel devenu journaliste influent, a évoqué sa création dès novembre de cette année-là, précisant qu’elle était placée sous la supervision directe du vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov. Ce choix stratégique s’inscrit dans un contexte où le groupe Wagner, longtemps considéré comme l’outil d’influence de Moscou en Afrique, montre des signes d’affaiblissement.

Les fondateurs de Wagner, l’oligarque Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, ont disparu tragiquement en août 2023 dans des circonstances encore floues. Leur mort a ouvert la voie à une réorganisation des forces paramilitaires russes sur le continent, avec Africa Corps comme fer de lance.

Des objectifs ambitieux, une méthode plus discrète

Africa Corps se présente comme une alternative plus structurée et moins exposée aux critiques que Wagner. Ses missions ? Soutenir les régimes alliés à Moscou dans leur quête d’autonomie face aux puissances occidentales, sécuriser des zones stratégiques et étendre l’influence russe. Igor Korotchenko a résumé sa doctrine : « Ce groupe devra conduire des opérations militaires d’envergure en Afrique pour aider les nations à se libérer de la dépendance néocoloniale et à renforcer leur souveraineté. »

Contrairement à Wagner, souvent pointé du doigt pour des exactions envers les populations locales, Africa Corps mise sur une approche plus diplomatique. Elle se concentre sur le renforcement des liens avec les gouvernements partenaires en leur fournissant soldats et équipements militaires. Son réseau s’étend désormais au Burkina Faso, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Niger.

Un rôle central dans la stratégie africaine de la Russie

Depuis 2024, Africa Corps a pris le relais de Wagner au Mali, déployant des centaines, voire des milliers de combattants. Plusieurs anciens cadres de Wagner ont rejoint ses rangs, apportant avec eux une partie de leurs troupes. L’organisation joue désormais un rôle clé dans la lutte contre les rebelles touaregs et les groupes djihadistes, tout en consolidant l’emprise de Moscou sur Bamako. Cette présence s’inscrit dans une logique plus large : profiter du retrait des puissances occidentales, comme la France avec l’opération Barkhane, pour s’imposer comme un acteur incontournable.

Au-delà des enjeux militaires, Africa Corps cherche à contrôler des routes migratoires et à sécuriser des ressources naturelles, notamment minières. Cette stratégie permet à la Russie de renforcer son influence économique et politique dans une région où les ressources stratégiques abondent.

Entre succès et controverses

Malgré son approche plus discrète, Africa Corps n’est pas épargnée par les critiques. En 2024, le Royaume-Uni a accusé le groupe de « violations massives des droits humains » et d’exploitation des ressources africaines à des fins purement lucratives. Ces accusations rappellent que, malgré une image plus policée, Africa Corps reste une milice paramilitaire aux méthodes parfois brutales.

Son nom même est un clin d’œil à l’histoire : Africa Corps s’inspire de l’Afrikakorps, ces unités allemandes qui combattirent en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale. Une référence qui, bien que symbolique, souligne l’ambition de Moscou de marquer durablement son empreinte sur le continent.