absences répétées de Paul Biya : le Cameroun face au vide politique
Un séjour privé en Europe annoncé comme une simple parenthèse s’est transformé en une absence prolongée de plus de 40 jours. Depuis le 7 juin 2026, date à laquelle le président camerounais Paul Biya a quitté le pays en compagnie de son épouse, aucune communication officielle n’est venue éclairer les concitoyens sur l’état de santé ou les raisons de ce départ. Le silence persistant alimente les rumeurs et les inquiétudes dans un pays où la santé du chef de l’État reste un secret d’État.
Cette absence prolongée n’étonne pourtant personne : le président Biya, en place depuis plus de quatre décennies, a toujours privilégié les soins et les séjours à l’étranger, notamment en Suisse, à la résidence officielle d’Etoudi. Une habitude qui interroge d’autant plus que, à 93 ans, son état de santé suscite des interrogations légitimes. Pourquoi un pays comme le Cameroun, doté d’infrastructures médicales, ne bénéficie-t-il pas des soins de son président ? La réponse, comme souvent, reste prisonnière du mutisme des autorités.
Un pouvoir en pilotage automatique ?
L’absence répétée du chef de l’État soulève une question cruciale : qui assure réellement la gouvernance au Cameroun ? Certains observateurs n’hésitent pas à qualifier le fonctionnement du pays de pilotage automatique, tant les institutions semblent fonctionner sans une présence présidentielle régulière. Comment un président peut-il prétendre diriger un pays lorsqu’il passe plus de temps hors de ses frontières qu’auprès de ses administrés ?
Le nouveau septennat de Paul Biya, obtenu après une élection contestée, interroge sur sa capacité à exercer pleinement ses fonctions. Avec une équipe gouvernementale inchangée depuis 2019 et aucun vice-président nommé malgré les récentes révisions constitutionnelles, le Cameroun semble figé dans une routine politique qui défie le temps. C’est dans ce contexte que des voix s’élèvent pour dénoncer une vacance de fait du pouvoir. Le député d’opposition Jean Michel Nintcheu a même sollicité le Conseil constitutionnel pour constater cette situation, déclenchant une réponse immédiate du camp présidentiel : « Le pouvoir n’est pas vacant. Le Lion n’est pas parti. »
Un gouvernement immobile, un pays en attente
Alors que le Cameroun détient le record du plus vieux président en exercice et du plus vieux policier du monde (Martin Mbarga Nguélé, Délégué général à la Sûreté nationale, a célébré ses 90 ans en juillet 2026), le gouvernement dirigé par Joseph Dion Ngute, en fonction depuis janvier 2019, illustre une immobilité institutionnelle rare. Pas moins de sept ans sans remaniement majeur : un record qui en dit long sur la stabilité politique du pays, mais aussi sur son manque de renouvellement.
Le Cameroun de Paul Biya : un pays à part, où le temps semble suspendu
Face à ce tableau, certains Camerounais expriment leur exaspération. L’absence prolongée du président, couplée à l’absence de transparence, nourrit un sentiment de méfiance et de lassitude. Pourtant, le message des autorités reste clair : tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais dans un contexte où la population réclame plus de visibilité et d’engagement de la part de ses dirigeants, cette posture semble de plus en plus déconnectée de la réalité.
Sacré Biya !