Abidjan mise sur ses minéraux critiques pour booster l’économie africaine

Abidjan mise sur ses minéraux critiques pour relancer l’économie africaine

Des représentants de plusieurs pays africains producteurs de minéraux stratégiques et leurs partenaires internationaux se sont retrouvés à Abidjan pour établir une feuille de route commune. Leur objectif ? Transformer les ressources minières du continent en un levier puissant de croissance économique, d’industrialisation et de développement social.

Réunis lors d’une conférence ministérielle, les ministres en charge des Mines, de l’Énergie et des Ressources naturelles, ainsi que des représentants d’institutions panafricaines et internationales, ont souligné l’urgence de repenser l’exploitation des minéraux critiques. Ces ressources, essentielles à la transition énergétique mondiale, pourraient devenir un pilier du développement durable en Afrique.

Un nouveau modèle économique pour l’Afrique

Cette rencontre à Abidjan a marqué une volonté claire : passer d’un modèle d’exportation de matières premières brutes à une stratégie d’industrialisation locale. L’enjeu est de taille, alors que l’Afrique possède environ 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques comme le cobalt, le lithium ou les terres rares.

Les échanges ont porté sur plusieurs axes prioritaires : la création de chaînes de valeur régionales, le renforcement des infrastructures minières et énergétiques, ainsi que l’optimisation du financement du développement. L’idée est de capter une part plus importante de la valeur ajoutée pour les économies africaines, plutôt que de se limiter à l’exportation de matières premières.

La Côte d’Ivoire, future puissance minière régionale ?

Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a mis en avant le potentiel minier de son pays. Selon lui, près de 75 % du territoire ivoirien recèlerait des gisements de minéraux critiques. Une richesse qui s’inscrit dans la stratégie nationale visant à faire de la Côte d’Ivoire une économie à revenu intermédiaire d’ici 2030.

Pour y parvenir, Abidjan a lancé un ambitieux plan minier et énergétique couvrant la période 2026-2040. Ce programme, estimé à 38 000 milliards de francs CFA, repose en grande partie sur le secteur privé, qui devrait en financer 88 %. Une approche qui reflète la volonté de concilier développement économique et attractivité des investissements.

Un défi industriel et financier colossal

La valeur totale des ressources minières africaines dépasse les 29 500 milliards de dollars, soit près de 20 % des réserves mondiales. Pourtant, une grande partie de ce potentiel reste inexploitée. Les experts s’accordent à dire que l’Afrique pourrait jouer un rôle clé dans l’approvisionnement des industries vertes, notamment pour les batteries et les technologies renouvelables.

Les projections de demande sont impressionnantes : d’ici 2040, les besoins en lithium pourraient augmenter de 842 %, ceux en cuivre de 88 %, et ceux en métaux du groupe du platine de plus de 1 000 %. Face à cette explosion de la demande, l’Afrique a une carte majeure à jouer pour s’imposer comme un acteur incontournable.

Le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, a insisté sur la nécessité de réformer le financement du développement en Afrique. Il a souligné que les institutions africaines de financement ne représentent aujourd’hui qu’1 % du bilan mondial des institutions de développement, malgré le nombre élevé d’acteurs locaux.

Pour lui, la solution passe par une recapitalisation et une consolidation de ces structures, ainsi que par des investissements massifs dans les infrastructures. L’objectif ? Créer des emplois locaux, renforcer l’industrie minière et garantir une exploitation durable des ressources.

Vers une exploitation responsable et intégrée

Les participants à la conférence ont souligné l’importance d’une approche intégrée, associant gouvernance transparente, respect de l’environnement et partage équitable des richesses. L’industrialisation locale des minéraux critiques est présentée comme une voie pour éviter les pièges de la dépendance aux exportations et maximiser les retombées économiques sur le continent.

Avec une stratégie adaptée, l’Afrique pourrait non seulement répondre à la demande mondiale croissante, mais aussi transformer ses ressources en un moteur de prospérité partagée. Une opportunité historique qui ne doit pas être manquée.