Yaoundé : comment cette ancienne cité s’est transformée en métropole africaine

« Yaoundé n’a plus rien à voir avec la paisible agglomération que j’ai connue il y a trois décennies. Une ville qui s’étirait modestement entre ses sept collines et dont les limites semblaient immuables. Aujourd’hui, ce qui était autrefois un village s’épanouit en une métropole vibrante, où chaque rue raconte une histoire de croissance et d’audace. » Ces mots, c’est Mbarga Obama, un ancien résident de la capitale camerounaise, qui les prononce avec une pointe de fierté. À près de 90 ans, il a vu sa ville natale se métamorphoser sous ses yeux.

Le centre historique, autrefois cantonné au plateau Atemengué, a progressivement englobé des quartiers emblématiques comme Mokolo et Nlong-Kak. Mais cette expansion, bien que visible, ne représentait qu’une infime partie d’un phénomène bien plus large. « Il y a vingt ans, au-delà de ces zones, s’étendaient des terres semi-rurales, des champs et des villages isolés », se souvient-il. Désormais, ces espaces ont cédé la place à des artères animées, à des bâtiments administratifs et à des zones résidentielles densément peuplées.

Cette mutation fulgurante n’est pas le fruit du hasard. Chaque année, des milliers de Camerounais quittent les campagnes pour s’installer dans la capitale, attirés par les opportunités économiques et les services publics. Résultat : la population explose, et les limites administratives de Yaoundé s’élargissent, absorbant les communes voisines dans son aire urbaine. Une croissance démographique qui pose un défi de taille aux urbanistes et aux autorités locales.

Parmi les experts qui réfléchissent à l’avenir de la ville, Blaise Feugang, délégué départemental du ministère de l’Habitat et du développement urbain dans le Nyong et So’o, a une vision claire. « À Yaoundé, la solution réside dans la verticalité. Construire en hauteur plutôt qu’en largeur permet d’optimiser les coûts d’infrastructure et de préserver des espaces verts. Des immeubles bien conçus ne sont pas seulement fonctionnels : ils embellissent aussi le paysage urbain. » Une approche qui, selon lui, pourrait inspirer d’autres grandes villes africaines en quête d’efficacité et d’esthétique.

Vers une capitale politique plus conforme aux standards internationaux ?

Si la transformation de Yaoundé impressionne, elle soulève aussi des questions cruciales. Pour certains observateurs, la solution ultime pour une capitale politique moderne passe par une refonte complète du modèle urbain. L’idée ? Déménager les institutions centrales vers une nouvelle zone mieux structurée, afin de désengorger la ville et de répondre aux exigences des normes internationales.

Une hypothèse qui divise. Certains y voient une opportunité pour redynamiser l’arrière-pays et rééquilibrer le développement territorial. D’autres, plus sceptiques, craignent que cette décision ne creuse davantage les inégalités entre les régions. Une chose est sûre : Yaoundé, autrefois simple village, est désormais un laboratoire à ciel ouvert où se jouent les défis de l’urbanisation africaine.