Yamoussoukro : l’envolée immobilière bouleverse l’économie ivoirienne
yamoussoukro : l’envolée immobilière bouleverse l’économie ivoirienne
À Yamoussoukro, la capitale politique de la Côte d’Ivoire, les paysages urbains se transforment à un rythme effréné. Les terrains, autrefois dédiés à l’agriculture, cèdent progressivement la place à des chantiers immobiliers florissants. Cette expansion immobilière attire une foule d’investisseurs, tout en soulevant des inquiétudes chez les agriculteurs locaux.
une ruée vers le foncier qui redessine la ville
Survolant la capitale ivoirienne avec son drone, Francis Djaha, agent immobilier, met en lumière l’ampleur de cette métamorphose urbaine. Des parcelles délimitées s’étendent désormais sous ses yeux, certaines valant entre 15 et 40 millions de FCFA selon leur localisation et leur taille. « Les demandes affluent de toute part », explique-t-il. « Nous avons des particuliers souhaitant construire des résidences, des industriels à la recherche de terrains pour des bureaux, des investisseurs agricoles, mais aussi des acheteurs de maisons déjà construites. »
Cette fièvre du foncier s’explique par plusieurs atouts majeurs. Yamoussoukro bénéficie d’un réseau routier développé, facilitant les déplacements. Son calme relatif et ses infrastructures héritées du président Houphouët-Boigny en font une destination prisée. « De Yamoussoukro, on accède aisément à l’ensemble du territoire ivoirien », souligne Francis Djaha.
les terres agricoles en sursis
Cette dynamique immobilière n’est pas sans conséquences pour les populations locales. Autour de la capitale politique, les villages comme Séman Sanhourikro voient leurs terres arables se raréfier. Michel N’Goran, conseiller du chef du village, s’inquiète : « Les lotissements empiètent sur nos champs. Dans 30 ou 50 ans, nous n’aurons plus de terres cultivables. Ce qui est arrivé aux Ebriés à Abidjan pourrait bien toucher les Akouès et les Nanafouès de Yamoussoukro. »
Les cultures traditionnelles de cacao, d’igname ou de manioc reculent face à l’avancée des zones résidentielles. Pourtant, certains investisseurs misent sur des projets à long terme, comme ce chef d’entreprise anonyme qui envisage de construire des résidences pour la population.
un avenir en suspens entre développement et préservation
Le Plan national de développement de la Côte d’Ivoire prévoit même de relier Abidjan à Yamoussoukro en 45 minutes via une ligne de train à grande vitesse. Une perspective qui pourrait encore renforcer l’attractivité de la capitale politique. Cependant, cette croissance rapide soulève des questions cruciales : comment concilier développement immobilier et préservation des terres agricoles ? Comment garantir un avenir viable pour les populations locales ?
À Yamoussoukro, le boom immobilier est bien réel. Il redessine les contours de la ville et de son économie, mais il impose aussi une réflexion urgente sur l’équilibre entre modernité et traditions.