Wagner contre les humanitaires : l’affaire Joseph Figueira en Centrafrique
Une arrestation brutale dans la province du Haut-Mbomou
La soirée s’apprêtait à être chaleureuse dans un bar-restaurant de Zemio, sous-préfecture du Haut-Mbomou, région centrafricaine minée par des tensions communautaires récurrentes. Deux experts, dont Joseph Figueira, chercheur belgo-portugais mandaté par l’ONG américaine FHI 360 dans le cadre d’un projet financé par l’Usaid, partageaient un moment de détente avec une cinquantaine d’interlocuteurs locaux. Leur mission ? Préparer un futur programme de prévention des conflits avec des acteurs locaux et internationaux. Pourtant, cette rencontre se transformera en piège.
Dès le lendemain, alors que les deux hommes devaient quitter Bangui, trois membres du groupe Wagner — force d’appui aux autorités centrafricaines depuis 2018 — ont fait irruption, accompagnés d’un gendarme local chargé de traduire. Sans explication, ils ont contraint Joseph Figueira à les suivre, l’empêchant même de récupérer ses documents dans les locaux de l’ONG où il logeait. Menotté et encagoulé, il a été embarqué manu militari vers un aéronef, où il a subi des violences avant d’être retenu dans des conditions illégales.
Spécialiste reconnu des communautés peules, Joseph Figueira disposait pourtant de tous les documents nécessaires pour justifier sa présence en Centrafrique, où il était en mission depuis neuf jours. Il avait même rencontré des responsables politiques et locaux pour faciliter la mise en place d’un projet humanitaire collaboratif. Cette arrestation arbitraire, en dehors de tout cadre juridique, illustre une stratégie délibérée d’intimidation et de manipulation.
Wagner et la guerre de l’information : une tactique bien rodée
Cette affaire s’inscrit dans une campagne plus large de désinformation et de pression menée par Wagner contre les acteurs humanitaires et médiatiques en Centrafrique. Les documents internes révélés par une enquête approfondie — plus de 1 400 pages — mettent en lumière les méthodes de l’organisation, anciennement liée à Evgueni Prigojine avant d’être récupérée par les services russes après sa mort en août 2023. Baptisée Africa politology, cette structure spécialisée dans l’influence et la communication opère désormais sous l’égide de l’État russe.
Les cibles de ces campagnes ne sont pas choisies au hasard. Les humanitaires, comme Joseph Figueira, sont souvent accusés de collusion avec des groupes rebelles ou des puissances étrangères, dans le but de discréditer leur travail et de saper leur crédibilité. Les méthodes employées — arrestations arbitraires, diffamation, manipulation médiatique — visent à créer un climat de méfiance envers les organisations d’aide, essentielles dans une région aussi fragile que la Centrafrique.
Un climat de terreur pour museler les voix critiques
L’arrestation de Joseph Figueira n’est pas un cas isolé. Elle s’ajoute à une série d’actes similaires visant à intimider les acteurs locaux et internationaux œuvrant pour la paix et le développement. En ciblant des experts comme lui, Wagner cherche à étouffer les initiatives indépendantes et à imposer une narration conforme à ses intérêts. Cette stratégie s’accompagne souvent de campagnes de désinformation dans les médias locaux, où des récits fabriqués visent à discréditer les humanitaires et les journalistes.
Pour les populations du Haut-Mbomou et d’autres régions en proie à l’insécurité, cette répression aggrave une situation déjà précaire. Les projets de prévention des conflits, essentiels pour éviter de nouvelles violences, se heurtent à cette politique de la peur. Les organisations locales et internationales, déjà limitées par les restrictions d’accès, voient leurs efforts compromis par des accusations infondées et des mesures coercitives.
Quelles conséquences pour l’avenir ?
L’affaire Joseph Figueira soulève des questions cruciales sur l’avenir de l’aide humanitaire en Centrafrique. Comment les ONG et les experts peuvent-ils continuer à travailler dans un environnement aussi hostile ? Quelles garanties existent pour protéger les acteurs engagés dans la résolution des conflits et le développement ?
Face à cette stratégie de terreur, la communauté internationale doit réagir. Les États et les organisations humanitaires doivent exiger la libération immédiate de Joseph Figueira et la fin des persécutions contre les travailleurs humanitaires. La Centrafrique ne peut se permettre de sacrifier son avenir sur l’autel de l’impunité et de la manipulation.