United Bank for Africa bientôt autorisée à exercer en France : un bond stratégique pour le Nigeria

L’United Bank for Africa (UBA), géant financier nigérian dirigé par l’influent Tony Elumelu, s’apprête à franchir un cap historique. Après des mois de négociations et d’ajustements réglementaires, la banque devrait obtenir sous peu son agrément bancaire complet auprès de l’ACPR, l’autorité française de supervision financière. Une avancée majeure qui scelle une ambition de longue haleine pour le groupe, tout en illustrant la dynamique des échanges économiques entre la France et le Nigeria.

L’obtention de cette licence, attendue dans les prochains jours, parachève un parcours semé d’embûches administratives. Signé en grande pompe il y a plus de dix-huit mois, l’accord initial entre le Nigeria et la France avait été paraphé par Tony Elumelu et l’ancien ministre français des Finances, sous l’impulsion des présidents Bola Tinubu et Emmanuel Macron. Pourtant, entre les exigences techniques de la réglementation européenne et les réalités du terrain, le processus a nécessité des ajustements subtils et une coordination renforcée.

Des négociations discrètes mais déterminantes

Derrière les coulisses de ce feu vert se cachent des mois de discussions informelles, notamment lors de rencontres diplomatiques et économiques. Le dossier d’UBA a été au cœur des échanges lors du sommet Africa Forward à Nairobi, où les parties prenantes ont cherché à concilier les normes prudentielles françaises avec les ambitions africaines du groupe. Une session du France-Nigeria Business Council a même permis de formaliser les dernières étapes, en présence de responsables politiques et économiques des deux pays.

Un acteur impliqué dans les négociations confie : « Ce n’était plus une question de volonté, mais de synchronisation entre les calendriers réglementaires et les objectifs stratégiques d’UBA. Les deux parties ont œuvré pour aligner les contraintes tout en préservant l’esprit des accords initiaux. »*

Paris, nouvelle étape d’un hub financier nigérian en Europe

Avec cette licence, UBA rejoindra deux autres mastodontes du secteur bancaire nigérian déjà implantés en France : Access Bank, active depuis 2023 via sa filiale britannique, et Zenith Bank, qui a obtenu son agrément en septembre 2024. Cette dernière avait marqué son arrivée par une cérémonie d’envergure au Ritz à Paris, réunissant des personnalités politiques et économiques de premier plan.

L’arrivée d’UBA en tant que banque commerciale de plein exercice renforce la présence des institutions financières nigérianes en Europe. L’objectif ? Faciliter les flux financiers entre l’Afrique francophone et l’Europe, tout en offrant aux entreprises françaises un accès simplifié aux marchés ouest-africains. Une initiative qui s’inscrit dans la vision d’un rapprochement économique accru entre les deux continents.

Un timing politique calculé

Le calendrier de cette homologation n’est pas anodin. Tony Elumelu, actuel président d’UBA, doit céder la direction du conseil d’administration à Emmanuel Nnorom le 21 août. Mais c’est peut-être lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron au Nigeria, prévue fin octobre, que l’annonce de l’ouverture de la succursale parisienne sera officialisée. Une coïncidence stratégique, alors que les liens entre les deux hommes se sont intensifiés ces derniers mois.

En mars, le président français a confié à Tony Elumelu la présidence de la Africa France Impact Coalition, une initiative visant à dynamiser les partenariats entre les entreprises africaines et françaises. Une mission qui s’appuie sur des rencontres comme celle de Nairobi, où les acteurs économiques ont pu discuter des défis et opportunités transfrontaliers.

Heirs Holdings accélère son expansion mondiale

Pour UBA, cette licence française n’est qu’un volet d’une stratégie plus large orchestrée par le holding Heirs Holdings, contrôlé par Tony Elumelu. Ce conglomérat, qui couvre des secteurs aussi variés que l’énergie, l’hôtellerie de luxe ou les services financiers, mise sur une croissance internationale soutenue.

Parallèlement à son ancrage parisien, UBA poursuit son expansion en Afrique. Sa filiale spécialisée dans les services financiers, United Capital, a récemment ouvert des bureaux en Éthiopie et au Rwanda, renforçant ainsi la présence du groupe sur le continent. Une démarche qui reflète l’ambition d’UBA de devenir un acteur incontournable des échanges économiques entre l’Afrique et le reste du monde.

Avec cette nouvelle licence, la banque nigériane franchit une étape décisive. Elle se positionne comme un pont essentiel entre les marchés européens et africains, tout en consolidant le rôle de Lagos comme hub financier régional. Une avancée qui pourrait bien redéfinir les dynamiques économiques entre la France et le Nigeria dans les années à venir.