Sénégal : transparence patrimoniale des ministres sous le feu des projecteurs
Au Sénégal, la déclaration de patrimoine des membres du gouvernement revient sur le devant de la scène, révélant des manquements qui interrogent sur l’engagement réel du pouvoir en place. Depuis avril 2024, sous l’impulsion du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, la transparence s’est imposée comme un pilier de leur discours politique. Pourtant, des ministres seraient en infraction avec cette obligation légale, mettant à mal la crédibilité de leur démarche.
Ce dispositif, encadré par la loi de 2014 et géré par l’OFNAC, concerne les plus hautes autorités du pays : président, Premier ministre, ministres, présidents d’institutions et administrateurs de grands crédits. Chacun doit fournir une déclaration détaillée de ses biens dans les trois mois suivant sa prise de fonction, sous peine de sanctions. Or, plusieurs membres du gouvernement actuel, nommé à l’automne 2024, seraient en retard, selon les informations relayées par la presse locale.
Une obligation légale stricte, mais peu respectée
La procédure est claire : après une mise en demeure de l’OFNAC, le non-dépôt de la déclaration peut entraîner des mesures disciplinaires, voire des poursuites pénales. Pourtant, l’effectivité de ces sanctions a souvent été remise en question, comme en témoignent les rapports précédents de l’institution, révélant des centaines de déclarations non déposées sous les mandatures antérieures. La crédibilité de l’OFNAC, désormais dirigé par une magistrate, reste donc un enjeu majeur.
Un défi politique pour le gouvernement Faye-Sonko
La lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite a été au cœur de la campagne de la coalition Pastef. Depuis leur élection, plusieurs procédures ont été engagées contre d’anciens responsables, s’appuyant sur les outils de l’OFNAC et du parquet financier. Cependant, si des ministres actuels sont épinglés pour non-respect de la loi, cela affaiblirait considérablement la posture morale du gouvernement, qui a fait de l’exemplarité un marqueur fort.
La transparence patrimoniale, un enjeu régional
Le cas sénégalais s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l’Ouest, où des pays comme la Côte d’Ivoire, le Bénin ou le Burkina Faso ont adopté des dispositifs similaires sous l’impulsion de la CEDEAO et de l’Union africaine. Cependant, leur application concrète reste inégale, freinée par des résistances administratives et l’absence de publicité des déclarations. Des organisations comme le Forum civil, section sénégalaise de Transparency International, réclament depuis des années la publication intégrale des déclarations, à l’image de certains modèles européens. Une demande qui se heurte au principe de confidentialité prévu par la loi sénégalaise.
Le gouvernement se trouve désormais face à un choix crucial : régulariser rapidement la situation des ministres concernés pour éviter une crise politique, ou laisser l’OFNAC activer ses procédures, risquant ainsi de ternir l’image du chantier anti-corruption. La crédibilité de cette politique se joue sur des détails concrets, où chaque décision compte.