Sénégal déchu de son titre de la can 2025 : les dessous d’une décision juridique historique

Soixante jours après le coup de sifflet final de la CAN 2025, où le Sénégal s’était imposé 1-0 sur le terrain, un coup de théâtre juridique a tout basculé. Le Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a officiellement attribué la victoire au Maroc sur tapis vert (3-0). Ce revirement fait suite à l’interruption temporaire du match provoquée par le retrait des joueurs sénégalais pendant une dizaine de minutes.

S’appuyant sur les articles 82 et 84 du règlement, la CAF prend une position qui heurte la décision initiale de l’arbitre, qui avait pourtant choisi de mener la rencontre à son terme. Pour mieux comprendre cette mutation d’un score acquis sportivement en une défaite administrative, Abdoulaye Sakho, expert en droit du sport, livre son analyse sur les implications de ce verdict.

Quels sont les piliers réglementaires de cette sanction ?

Le fondement de cette sentence se trouve dans le chapitre 35 du règlement de la CAN, traitant du retrait des nations engagées. Le Jury d’appel a spécifiquement mobilisé l’article 84 pour prononcer le forfait de l’équipe du Sénégal lors de cette finale contre le Maroc. Le score officiel est désormais de 3-0 en faveur de la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

La nuance juridique est ici capitale. Tandis que l’opinion publique parle d’un simple arrêt de jeu, l’instance retient la qualification de « retrait ». En droit du sport, le choix des mots détermine les sanctions. C’est une étape cruciale : une mauvaise qualification des faits, tout comme un mauvais diagnostic médical, fausse totalement le traitement du litige.

L’autorité de l’arbitre a-t-elle été ignorée par la CAF ?

Il est complexe de décrypter la motivation exacte du Jury d’appel, mais on peut supposer qu’il a agi en toute souveraineté. L’organe juridictionnel a choisi de ne pas tenir compte d’un fait majeur : le match a été achevé. Pourtant, l’arbitre, maître du jeu selon la loi 5 de l’IFAB, n’avait pas acté d’arrêt définitif. Il avait opté pour une suspension temporaire avant de relancer la partie.

Cette prérogative discrétionnaire permet à l’arbitre d’interrompre ou de reprendre un match sans qu’un délai fixe (comme 10 ou 15 minutes) ne lui soit imposé pour déclarer un abandon. Ses décisions sur les faits de jeu sont normalement définitives et doivent être respectées par toutes les parties. En ignorant ce point, la CAF crée un précédent qui interroge sur la hiérarchie des pouvoirs durant une finale.

Un précédent historique dans le football africain

Une telle situation est totalement inédite à ce stade de la compétition. Si l’actualité Sahel et les médias Sahel relayent souvent des tensions sportives, un titre retiré sur tapis vert après une finale jouée est une première. On se souvient du match Afrique du Sud contre le Sénégal en 2018, rejoué pour cause de corruption de l’arbitre, ou de la finale de la Ligue des champions 2019 entre le Wydad et l’Espérance de Tunis.

Cependant, dans le cas du Wydad, les joueurs n’avaient jamais repris le jeu. Pour la CAN 2025, le Sénégal a terminé la rencontre, ce qui rend la comparaison complexe et la décision de la CAF d’autant plus singulière.

Quels recours pour la Fédération sénégalaise de football ?

Le Sénégal a déjà lancé une procédure d’appel. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a été saisi pour examiner cette affaire. En parallèle, la FSF a déposé une requête pour suspendre l’exécution de la décision. Cela permettrait au Sénégal de conserver provisoirement son titre en attendant le verdict final du TAS, attendu dans les prochains mois.

Ce dossier est un véritable cas d’école. Il soulève des questions de gouvernance qui dépassent le cadre sportif et touchent à l’éthique et à l’interprétation des textes. Alors que la politique Mali Burkina Niger ou les enjeux de sécurité Sahel et de développement Sahel dominent souvent les débats régionaux, cette bataille juridique rappelle que le football reste un terrain d’influence majeur en Afrique de l’Ouest.