Rôle de la Russie dans la sécurité du Mali et du Sahel sous les projecteurs
Le rôle de la Russie dans la sécurité du Mali et du Sahel : une alliance sous examen
L’influence croissante de Moscou au Sahel, notamment à travers des partenariats de défense, suscite désormais des interrogations après les récents événements au Mali.
Un partenariat militaire en question après les attaques récentes
Quelques jours après des attaques coordonnées d’ampleur menées par des groupes armés contre les bases des Forces armées maliennes, le dirigeant militaire Assimi Goïta a affirmé que la situation était « sous contrôle ». Selon lui, des forces de sécurité russes ont apporté un soutien aérien pour empêcher les rebelles de s’emparer de positions stratégiques, dont le palais présidentiel à Bamako.
Pourtant, la stabilité du Mali reste précaire. Malgré les déclarations officielles, le gouvernement peine à reprendre le contrôle des villes et localités aux mains de combattants touaregs et affiliés à Al-Qaïda. Ces groupes ont d’ailleurs annoncé leur intention de mettre le siège devant la capitale malienne.
Les attaques d’avril 2026 : un tournant pour le Mali
Une offensive massive a frappé plusieurs villes, dont Bamako, le 26 avril 2026. Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a trouvé la mort lors de ces affrontements. Des localités clés, comme la ville septentrionale de Kidal, ont été temporairement occupées par les assaillants. Les autorités militaires ont revendiqué la neutralisation de plus de 200 combattants.
Le retrait des forces russes de Kidal : un signal inquiétant
Les analystes remettent en cause l’efficacité du partenariat militaire entre Bamako et Moscou après la révélation du retrait des troupes russes de Kidal. Officiellement, les combattants du Africa Corps (groupe lié au ministère russe de la Défense) se sont retirés en coordination avec l’armée malienne.
Ce repli a suscité des interrogations quant à la fiabilité du soutien russe dans la région, notamment pour les pays voisins comme le Burkina Faso et le Niger, également touchés par une recrudescence des violences.
L’Alliance des États du Sahel et le contexte géopolitique
En 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), une réponse à l’aggravation de l’insécurité dans la région. Ce rapprochement s’est accompagné de leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), critiquée pour sa gestion des coups d’État successifs dans ces pays.
Le déploiement des forces russes au Mali s’inscrit dans un contexte plus large de réorientation stratégique après le départ des troupes françaises en 2022. Paris avait alors retiré plus de 4 000 soldats déployés dans la région depuis plusieurs années.
Que sait-on des forces russes au Mali ?
Présentes depuis 2021, ces forces ont remplacé le groupe paramilitaire Wagner, dissous après la mort de son fondateur, Evgueni Prigojine, en 2023. Désormais placées sous l’égide du ministère russe de la Défense, ces unités ont vu leur doctrine évoluer : moins offensive que leur prédécesseur, elles adoptent une approche plus défensive.
Les combats récents ont révélé des accusations de crimes de guerre visant les forces russes, l’armée malienne et les groupes armés. Les deux camps sont notamment suspectés de cibler des civils.
Lors de l’offensive du 26 avril, des combattants russes ont quitté Kidal en camion, apparemment après des négociations menées par l’Algérie voisine. Certains soldats maliens ont été désarmés et capturés, mais le nombre exact de prisonniers reste inconnu.
Les déclarations de Moscou et leurs limites
Le Africa Corps a justifié son retrait de Kidal par une décision conjointe avec Bamako. Dans un communiqué publié sur Telegram, l’unité russe a précisé avoir évacué les blessés et le matériel lourd avant de se retirer. Elle affirme également avoir apporté un soutien aérien aux troupes maliennes pour contrer les attaques contre le palais présidentiel.
Le ministère russe de la Défense a évoqué une attaque impliquant « environ 12 000 combattants », affirmant sans preuve qu’ils étaient formés par des mercenaires ukrainiens et européens. Pour l’heure, Bamako n’a pas réagi à ces déclarations.
Un haut responsable malien a révélé à RFI que le gouverneur régional de Kidal avait prévenu les mercenaires russes trois jours avant l’assaut, mais que ces derniers n’auraient « rien fait ». Certains observateurs suggèrent que le retrait des forces russes aurait été prévu à l’avance.
Quel impact sur l’influence russe au Sahel ?
Lors du départ des forces françaises en 2021, la Russie s’est présentée comme une alternative non coloniale dans la région. Moscou a longtemps utilisé le groupe Wagner, puis l’Africa Corps, comme leviers pour étendre son influence en Afrique, notamment en République centrafricaine, en Libye et au Soudan.
Au Niger et au Burkina Faso, où les violences armées s’intensifient, la présence russe est plus discrète, se limitant souvent à un rôle de supervision. On estime à une centaine le nombre de soldats russes au Niger et entre 100 et 300 au Burkina Faso.
Si Wagner a contribué à reprendre le contrôle de Kidal en 2023, les attaques récentes, la perte de la ville et la mort du ministre Camara – artisan du partenariat avec Moscou – fragilisent considérablement la crédibilité de la Russie dans le Sahel.
Le dirigeant malien Assimi Goïta est réapparu publiquement pour la première fois après les attaques, sans mentionner les forces russes. Il a déclaré que les mesures de sécurité étaient renforcées et que les opérations se poursuivaient.
Ulf Laessing, expert à la Fondation Konrad-Adenauer basé à Bamako, résume l’ampleur du revers : « L’Africa Corps a perdu toute crédibilité. Ils n’ont pas résisté lors des attaques du 26 avril et ont abandonné Kidal, un bastion touareg symbolique. Ils ont laissé derrière eux du matériel, dont une station de drones, donnant l’impression d’un abandon. »
Après ces événements, les autorités maliennes et les civils de Kidal auraient quitté la ville pour Gao, principale ville du nord du pays. Si les combats se poursuivent, l’avenir des positions tenues par les Russes reste incertain.
Quel avenir pour la présence russe au Sahel ?
Alors que JNIM a annoncé un siège de Bamako, le ministère russe de la Défense affirme que les opérations contre les groupes armés se poursuivent et diffuse des vidéos semblant montrer l’Africa Corps ciblant des positions ennemies. Pourtant, ces éléments peinent à rassurer sur l’efficacité réelle de Moscou dans la région.
« La Russie aura du mal à séduire de nouveaux partenaires pour l’Africa Corps après cet échec. Ils n’ont pas rempli leur mission : c’est une atteinte à leur réputation », analyse Ulf Laessing.