Richard bona dénonce la corruption chez les jeunes camerounais
richard bona dénonce la corruption chez les jeunes camerounais
Le Cameroun fait face à un fléau qui ronge ses fondations : la corruption. Selon une récente enquête d’Afrobaromètre, plus de la moitié des Camerounais reconnaissent avoir versé des pots-de-vin pour éviter des ennuis avec les forces de l’ordre. Près de 50 % ont même dû corrompre un agent public pour obtenir des papiers d’identité, tandis que 37 % ont dû le faire pour accéder à des soins médicaux.
Dans une interview exclusive, le célèbre bassiste camerounais Richard Bona, aujourd’hui en exil, a livré un diagnostic sans concession sur la situation. Ses propos, tenus lors d’un échange avec un média international, visent particulièrement la jeunesse du pays.
« La jeunesse camerounaise est profondément corrompue. Elle a été élevée dans ce système. Leur approche ? Attendre des miettes tombées du haut. À de rares exceptions près, c’est une génération qui a intériorisé ces pratiques. Et je doute sérieusement que le Cameroun puisse s’en sortir. »
Des réactions qui divisent sur les réseaux sociaux
Les déclarations de Richard Bona ont suscité de vives réactions. Sur les plateformes numériques, certains Camerounais partagent son analyse. Un internaute écrit : « Les jeunes savent pertinemment que le policier qui les arrête ne cherche pas à les protéger, mais à soutirer 500 francs CFA. »
Pourtant, dans les rues de Yaoundé, le constat n’est pas aussi tranché. « Oui, il y a des jeunes corrompus. Mais la majorité subit ce système. » D’autres soulignent que « condamner toute une génération pour les dérives de quelques-uns revient à nier les efforts de ceux qui luttent contre ce fléau. »
Le Cameroun, un pays enlisé dans la corruption
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le dernier classement de Transparency International, le Cameroun occupe la 142ᵉ place sur 182 pays en matière de lutte contre la corruption. Dans son rapport 2024, la Commission nationale anti-corruption (Conac), rattachée à la présidence, révèle que « des milliards de francs CFA continuent d’être détournés des finances publiques par des individus. »
Un fonctionnaire camerounais, sous couvert d’anonymat, confie : « Beaucoup de jeunes ne distinguent même plus ce qui est moralement acceptable. Ils évoluent dans un système où la corruption est devenue une norme. »
Pourtant, tous ne partagent pas cette vision pessimiste. Certains estiment qu’il serait injuste de généraliser. « Il existe une partie de la jeunesse qui se bat, qui innove, qui incarne la dignité et qui fait rêver. » D’autres rappellent que « si tous les jeunes étaient corrompus, le Cameroun serait paralysé. »
Une jeunesse victime ou complice du système ?
Pour maître Akere Muna, figure emblématique de la lutte contre la corruption au Cameroun et ancien vice-président de Transparency International, la jeunesse n’est pas l’initiatrice de ce fléau, mais plutôt « une complice tacite. »
« La corruption au Cameroun est systémique. Les jeunes n’en sont pas responsables, ils en sont les premières victimes. Ils subissent et doivent survivre. Alors, ils se plient au jeu. Leur avenir est hypothéqué, et c’est à eux de le dénoncer. »
L’expert explique que « pendant des décennies, le système a récompensé le népotisme et le tribalisme plutôt que la compétence. Les jeunes ont appris vite : pour avancer, il faut connaître quelqu’un, il faut des relations. »
Il plaide pour une éducation qui valorise le mérite : « Le travail doit payer. Si l’on est paresseux, on stagne. Si l’on est compétent, on réussit. »
La Conac, de son côté, appelle l’ensemble de la société à se mobiliser. Une ligne verte, le 1517, est mise à disposition pour signaler tout acte de corruption.
La lutte contre ce fléau reste un défi de taille pour le Cameroun, où la corruption touche tous les niveaux de la société.