Quatre ans après les coups d’état au Sahel, l’échec cuisant des régimes militaires
Le grand tournant souverainiste et ses promesses non tenues
En 2020, les rues de Bamako, Ouagadougou et Niamey résonnaient de chants de libération. Les putschs militaires contre les régimes jugés corrompus et dépendants de l’Occident marquaient, selon leurs auteurs, le début d’une ère nouvelle. Libérés de l’influence française et des troupes de Barkhane, le Mali, le Burkina Faso et le Niger allaient enfin écrire leur propre histoire. Quatre ans plus tard, le bilan est accablant : l’insécurité n’a jamais été aussi criante, les populations sont otages de nouvelles menaces, et les économies suffoquent sous le poids des choix désastreux.
Le remède russe : une sécurité illusoire et des drames humains
Pour remplacer les forces françaises, les juntes au pouvoir ont fait appel aux paramilitaires russes de l’Africa Corps. Pourtant, loin d’apporter une solution, cette alliance a aggravé la situation. Les groupes djihadistes, comme le JNIM ou l’EIGS, gagnent du terrain chaque jour. Les villes stratégiques sont encerclées, les routes coupées, et les populations civiles prises en étau entre la terreur des terroristes et les exactions des nouveaux « protecteurs ». Les rapports d’ONG confirment une explosion des violences et un nombre record de déplacés internes.
Les opérations conjointes entre militaires locaux et mercenaires russes se soldent souvent par des pertes civiles massives. Les promesses de stabilité se sont transformées en cauchemars : au lieu de réduire la menace, le partenariat avec Moscou a ouvert la porte à une guerre sans fin, où les civils paient le prix fort.
L’isolement politique : une stratégie de survie pour les régimes en place
Face à l’aggravation de la crise, les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont choisi la fuite en avant. Retrait de la CEDEAO, rupture avec la CPI, restrictions imposées aux agences onusiennes : chaque geste est un pas de plus vers l’isolement. Cette politique n’a qu’un objectif : empêcher toute évaluation extérieure des droits de l’homme et reporter indéfiniment les transitions démocratiques promises.
Les élections civiles, censées marquer la fin des régimes provisoires, sont sans cesse repoussées. Les juntes, initialement présentées comme des libérateurs, se transforment peu à peu en dictatures bien installées, où la répression et le contrôle de l’information deviennent la norme. La souveraineté brandie par les discours officiels n’est plus qu’un écran de fumée pour masquer l’asphyxie des peuples.
L’effondrement économique et social : le prix de l’illusion souverainiste
Sur le plan économique, les promesses d’autosuffisance se heurtent à une réalité brutale. L’isolement régional a provoqué une flambée des prix des denrées alimentaires et des carburants. Les entreprises locales, étranglées par les sanctions indirectes et le manque d’investissements, ferment les unes après les autres. À Bamako comme à Ouagadougou, les coupures d’électricité répétées paralysent des pans entiers de l’économie.
Les budgets nationaux, déjà exsangues, sont engloutis par le financement des guerres et le paiement des mercenaires russes, souvent rémunérés en concessions minières. Pendant ce temps, les services publics s’effondrent : des milliers d’écoles restent fermées, les hôpitaux manquent de tout, et les populations n’ont plus accès aux soins. Au lieu de construire un avenir prospère, les dirigeants de l’AES ont sacrifié le développement humain sur l’autel d’une souveraineté mal comprise.
Un changement de maître, pas une libération
Quatre ans après le divorce avec Paris, le constat est sans appel : le Sahel n’est ni plus sûr, ni plus riche, ni plus indépendant. En rejetant un partenaire occidental imparfait mais prévisible, les régimes militaires ont plongé leurs pays dans les bras d’une puissance russe dont les intérêts sont avant tout stratégiques. La « seconde indépendance » tant promise s’est révélée être un leurre, une régression dramatique où la souveraineté affichée masque une précarité croissante et une oppression grandissante. Les peuples du Sahel, eux, continuent de payer le prix de ces choix funestes.