Plan humanitaire 2026 en RDC : l’OCHA cible 10,8 millions de personnes face à Ebola

L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) contraint l’OCHA à réviser son plan humanitaire pour 2026

Un camp de déplacés à Goma, illustration de la crise humanitaire en RDC

L’épidémie de maladie à virus Ebola (MVE), déclarée en mai 2026 dans l’est de la RDC, a poussé le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA/RDC) à revoir en profondeur son Plan de réponse humanitaire pour 2026. Cette révision intervient dans un contexte où la province de l’Ituri, déjà fragilisée par des conflits armés persistants, est devenue l’épicentre de cette 17ᵉ flambée épidémique du pays.

Initialement lancé en janvier 2026 avec un appel de fonds de 1,4 milliard de dollars américains pour venir en aide à près de 15 millions de Congolais en détresse, le plan humanitaire avait dû être ajusté dès le mois de mars face à l’aggravation continue de la situation. Selon les dernières estimations de l’OCHA, le nombre de personnes nécessitant une assistance humanitaire a désormais atteint 18,5 millions dans l’ensemble du pays, mais les contraintes financières imposent une focalisation sur les plus vulnérables.

Le nouveau plan humanitaire, présenté officiellement le 16 juillet 2026, cible désormais 10,8 millions de personnes, soit une réduction significative par rapport aux besoins réels, mais indispensable pour optimiser l’utilisation des ressources disponibles. Le financement requis a également été revu à la hausse, s’élevant désormais à 2,13 milliards de dollars américains, contre 1,4 milliard initialement prévu.

Cette révision stratégique répond à une demande expresse des autorités congolaises, confrontées à une double crise : l’épidémie d’Ebola et le manque criant de financements humanitaires internationaux. « La situation humanitaire en RDC s’est rapidement dégradée depuis fin 2025, avec l’émergence de cette nouvelle épidémie d’Ebola qui aggrave les vulnérabilités existantes et complexifie notre réponse », a expliqué un porte-parole de l’OCHA/RDC.

L’impact dévastateur d’Ebola sur les priorités humanitaires

La souche Bundibugyo du virus Ebola, identifiée pour la première fois à Bunia (Ituri) en mai 2026, s’est rapidement propagée vers les provinces voisines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les zones sanitaires de Rwampara et Mongwalu en Ituri, ainsi que Bunia, concentrent les foyers les plus actifs, avec une transmission accélérée parmi les populations déplacées et les agents de santé locaux.

L’épidémie agit comme un multiplicateur de risques dans une région déjà sous tension :

  • Elle accentue les besoins en soins médicaux et en protection des populations, alors que les systèmes de santé locaux sont déjà saturés par la gestion du choléra et des autres urgences sanitaires.
  • Elle perturbe les chaînes d’approvisionnement humanitaire, rendant l’acheminement des intrants médicaux et alimentaires encore plus difficile dans des zones enclavées.
  • Elle aggrave l’insécurité alimentaire, comme le confirment les résultats de l’analyse IPC de mars 2026, révélant une hausse alarmante des personnes en insécurité alimentaire aiguë.

Face à cette réalité, l’OCHA a dû redéfinir ses priorités stratégiques dans plusieurs provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les niveaux de besoins ont été réévalués à la hausse par les Coordinations opérationnelles humanitaires provinciales (COHP).

Un financement international en baisse, des besoins en hausse

La suspension partielle des financements humanitaires par certains partenaires internationaux, notamment les États-Unis, a laissé un vide difficile à combler. Le Plan de réponse humanitaire 2026, lancé avec un taux de financement de 53,3% en juin 2026, peine à atteindre ses objectifs. « Sans un renforcement immédiat des contributions, des millions de Congolais resteront sans assistance vitale », a alerté James Swan, représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC, lors de sa dernière intervention devant le Conseil de sécurité.

Cette situation rappelle cruellement les défis rencontrés en 2025, où le Plan de réponse humanitaire pour la RDC, estimé à 2,54 milliards de dollars, était resté largement sous-financé malgré une aggravation constante de la crise. Pour 2026, le plan humanitaire onusien vise à couvrir 87 millions de personnes à travers le monde et nécessite un budget global de 23 milliards de dollars, mais dépend désormais de contributions jugées « historiques » par les observateurs.

En RDC, la refonte du plan humanitaire illustre une réalité brutale : les ressources disponibles ne suffiront pas à répondre à l’ensemble des besoins, et les choix de ciblage deviennent une nécessité douloureuse. L’épidémie d’Ebola, en s’ajoutant aux conflits armés, aux catastrophes naturelles et aux crises sanitaires endémiques comme le choléra, place le pays au cœur d’une des pires crises humanitaires du continent africain.