Parité politique au Sénégal : seulement 3% de mairesses et un défi de taille

parité politique au Sénégal : seulement 3% de mairesses et un défi de taille

Le Sénégal, souvent cité en exemple en Afrique pour la solidité de ses institutions démocratiques, fait face à un paradoxe préoccupant : malgré des avancées législatives majeures en matière de droits des femmes, la représentation féminine dans les instances locales reste dramatiquement faible. Avec seulement 18 mairesses sur 558 communes et 3 femmes présidentes de conseils départementaux sur 43, le pays enregistre un recul notable de la participation des femmes au pouvoir local.

Les dernières élections législatives anticipées de novembre 2024 ont confirmé cette tendance : la part des femmes à l’Assemblée nationale est passée de 44,2 % à 41 %, tandis que seulement 13 % des têtes de listes étaient féminines. Ces chiffres ne reflètent pas une simple fluctuation statistique, mais bien des obstacles structurels et culturels persistants, limitant l’accès des femmes au leadership politique et médiatique.

un séminaire pour briser les barrières

Dans ce contexte, un séminaire dédié à la participation politique des femmes se tient actuellement à Dakar pour deux jours. Organisé par le Réseau des femmes leaders pour le développement (RFLD), cet événement rassemble une trentaine de femmes leaders aux profils variés : parlementaires, cheffes de parti, élues locales, activistes et dirigeantes d’ONG. Leur objectif commun ? Transformer durablement la place des femmes dans les sphères de décision.

Bator Seck, point focal du RFLD au Sénégal, rappelle que le pays a marqué l’histoire avec des textes fondateurs comme la loi sur la parité de 2010 ou la Constitution de 2001 qui consacre l’égalité des sexes. Pourtant, les réalités sur le terrain peinent à suivre. « Ces chiffres ne sont pas anodins. Ils révèlent des inégalités d’accès au financement politique, à la visibilité médiatique et aux espaces de décision » explique-t-elle. Les femmes sénégalaises, pourtant actrices clés du développement local, restent sous-représentées.

Le RFLD déploie une initiative afroféministe en Afrique de l’Ouest francophone, soutenue par le programme SEA-T du BMZ et l’appui de GIZ. Leur approche combine plaidoyer, formation, financement de projets locaux et défense des droits des femmes. Leur crédibilité s’appuie sur une reconnaissance continentale, notamment leur statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

renforcer la confiance et les compétences des femmes leaders

Maman Diouf Fall, représentante du ministre de la Famille et des Solidarités, met en lumière un autre défi : le manque de confiance en soi des femmes engagées. « Beaucoup possèdent les compétences nécessaires, mais hésitent à occuper des postes de leadership en raison des stéréotypes et des pressions sociales » souligne-t-elle. Pour y remédier, elle insiste sur l’importance de programmes de formation en leadership, communication politique et gestion stratégique.

Elle souligne également l’urgence de réduire les inégalités d’accès à l’information, notamment pour les femmes en milieu rural. « Les dispositifs de formation sont souvent concentrés dans les grandes villes, excluant celles qui œuvrent pourtant activement au sein de leurs communautés » explique-t-elle. Elle plaide aussi pour la mise en place de mécanismes de mentorat intergénérationnel et pour la promotion d’une culture de l’excellence et de l’autonomisation économique, pilier d’une participation politique durable.

La Direction de la Famille a lancé plusieurs initiatives pour renforcer les capacités des femmes : sensibilisation, formation au leadership, éducation à la citoyenneté et accompagnement psychosocial. Ces actions visent à renforcer la résilience des femmes et à encourager leur participation active à la vie publique, économique et sociale. Elles incluent aussi la lutte contre les violences faites aux femmes, la protection des filles et la promotion de leur maintien à l’école.

En collaboration avec ses partenaires, la Direction de la Famille œuvre à créer un environnement plus favorable à l’épanouissement des femmes. « Notre responsabilité collective est de garantir une participation pleine et effective des femmes à la vie publique » déclare Maman Diouf Fall. « Cela passe par une transformation sociale continue, une sensibilisation communautaire et un accompagnement des jeunes filles vers les espaces de décision. »